Maison bioclimatique, saine et facile à vivre

Construire une maison saine, confortable, largement ouverte sur le panorama environnant et peu gourmande en énergie, tel était l’objectif.

"Le Vallespir"
Dans cette vallée montagneuse, le regard porte jusqu’au sommet du Canigou, la montagne sacrée des Catalans.

Après une carrière professionnelle en région parisienne, ce couple décide de s’installer à proximité de leurs trois enfants établis entre Béziers et Perpignan. Ils vagabondent ainsi pendant deux mois, entre l’arrière pays de Montpellier et les Pyrénées-Orientales, avant de tomber sous le charme de ce coin ce Catalogne.

Ce ne sont pas encore les Hautes-Pyrénées mais le relief est déjà bien marqué et le regard porte au-delà des sommets boisés, jusqu’au  Canigou.

Un fait marquant va fortement influencer leur choix, un couple de milan royal évolue à portée de longue vue du terrain qui retient leur attention.

Le panorama et les oiseaux leur promettent de jolis moments d’observation. Pour ces amoureux de grands espaces, qui viennent de passer un an et demi en cyclo-camping, c’est l’endroit rêvé.

"Couple de milan royal"
La longue vue est toujours à poste pour observer le couple de milan.

A pied ou en vélo, ils peuvent s’échapper immédiatement sur les chemins de randonnée. Il y a même un petit bassin de baignade naturel avec des cascades, dans le canyon à environ 500 m en contrebas.

Mais avant de profiter de l’endroit, il y a fort à faire ! Dans ce coin des Pyrénées, où les mines de fer étaient omniprésentes, il faut d’abord vérifier que l’on ne va pas construire sur quelques galeries.

Ce sujet d’inquiétude évacué, ils doivent trouver un compromis pour adapter leurs choix de matériaux à la législation de la commune. A l’origine, ils voulaient une maison en bois, sur pilotis, à cheval sur les crêtes rocheuses. Mais prévoyants, ils souhaitaient aussi que leur demeure soit accessible aux personnes handicapées, avec une rampe d’accès et des portes suffisamment larges « On ne sait jamais ce qui peut arriver… ».

"de la roche et du marbre"
Des veines de marbres incluses dans la roche ont compliqué le terrassement.

S’adaptant aux restrictions imposées par la mairie (qui ne voulait pas de bois apparent) et aux contraintes du terrain en dénivelé, ils optent pour un rez-de-jardin en bois, accessible de plain-pieds par une rampe, sur un rez-de-chaussée semi-enterré en parpaings.

Les véritables difficultés commencent en même temps que les travaux. Sur un terrain en dénivelé de 8000 m2,  n’ayant pas été entretenu depuis plus de trente ans, un gros travail de défrichage attend les heureux propriétaires.

Globalement argilo-calcaire, le terrain recèle aussi une veine de marbre, qui va singulièrement compliquer les travaux du terrassier. « Il est venu avec deux  bulldozers et un brise-roche qui a cassé, tellement la roche était dure. Les difficultés de terrassement ont entraîné des retards, lesquels se sont répercutés sur le travail du maçon, qui n’a pas commencé à la bonne période“.

Une maison confortable

"Maison intégrée environnement"
Semi-enterrée, avec une jolie teinte verte, la construction est discrète et bien intégrée dans l’environnement.

Accrochée à flanc de montagne, la bâtisse repose sur des fondations en béton avec ferraillage, antisismiques zone 3, obligatoires dans cette partie des Pyrénées. Elle est composée d’un rez-de-chaussée en maçonnerie, en partie enterré et d’un rez-de-jardin en ossature bois. Le rez-de-chaussée est ordonné en deux espaces distincts : un garage où se situe le ballon tampon pour le chauffage et un espace avec chambre pour les amis de passage. Le rez-de-jardin est entièrement occupé par les propriétaires.

Pour profiter au maximum des sublimes paysages, le couple souhaitait une maison largement ouverte sur l’environnement. Respectant leurs vœux, les architectes ont conçu une maison bioclimatique, avec de grandes baies vitrées au Sud et peu d’ouvertures au Nord. Quel que soit le coin du séjour ou de la cuisine, ils profitent de la vue, comme s’ils étaient à l’extérieur.

"Menuiseries aluminium"
Les larges baies vitrées, sont protégées du soleil estival par une casquette. L’eau de pluie, qui suit la chaîne, est récupérée mais la pluviométrie de la région est faible.

Protégées par une casquette, les baies vitrées occupent tout l’espace du mur Sud de la pièce à vivre. Située à bonne hauteur, la casquette laisse filtrer les rayons solaires en hiver et les stoppe en été, évitant ainsi les surchauffes.

Compte-tenu de leurs dimensions et de leur poids, les baies ne pouvaient pas être  positionnées manuellement. Cette partie du terrain étant inaccessible aux véhicules, les propriétaires ont fait venir une grue pour les passer par-dessus la toiture.

Conçu pour être facile à vivre, le rez-de-jardin se répartit en deux espaces : d’un côté, la pièce de vie est orientée Sud, Sud-Ouest.  Elle est séparée de l’espace repos par un couloir. Les chambres, salles d’eau et l’atelier de la propriétaire sont au Sud, Sud-Est. Une première terrasse au Sud permet de déjeuner dehors, quasiment toute l’année. A l’extrémité Est de la maison,  une seconde terrasse, plus intimiste, est protégée du soleil par des panneaux coulissants en lattes de bois ajourées.

La construction pas-à-pas

Structure poteaux/poutres"
De la structure poteaux/poutres, les trois fermes en Douglas sont restées apparentes.

En maçonnerie, le rez-de-chaussée est réalisé sur un plancher préfabriqué précontraint, non isolé pour le vide sanitaire de la partie garage mais isolé avec du polystyrène pour la partie habitée (chambre d’amis). Le soubassement est en agglo de ciment. Les murs du rez-de-chaussée sont isolés à l’intérieur par des panneaux de fibre de bois (10 cm) et à l’extérieur par des panneaux en laine de bois de 40 mm d’épaisseur.

Le rez-de-jardin, où se situe l’espace de vie des propriétaires, est conçu à partir d’une structure ossature bois en Douglas et en épicéa, labellisés PEFC. Les contreventements en panneaux de fibres OBS 3 épaisseurs 12 mm  garantissent la stabilité globale de l’ouvrage (notamment contre le vent). Les murs sont isolés dans l’ossature par une laine de bois semi-rigide de 140 mm d’épaisseur et à l’extérieur par des panneaux de laine de bois compressée de 40 mm d’épaisseur.

"Maison bioclimatique"
Les sols sont en carrelage dans la pièce de vie et le couloir et en lattes de châtaignier dans les chambres.

Un pare-vapeur posé sur liteaux de bois de 30 x 45, sur la face intérieure des murs, interdit les migrations de vapeur d’eau vers l’ossature et assure la ventilation de celle-ci. Pour répondre aux exigences de la mairie et ne pas laisser le bois apparent, les murs extérieurs sont recouverts d’un enduit mince à base de chaux.

A l’intérieur du bâtiment, la ventilation est assurée par une VMC simple flux, basse consommation, hygroréglable de type B, qui régule le flux d’air sortant en fonction de l’hygrométrie de l’air intérieur. La VMC hygroréglable de type B possède des bouches d’extraction et des entrées d’air sensibles à l’humidité contrairement à celle de type A dont les entrées d’air sont uniquement sensibles à la pression.

La charpente traditionnelle laisse apparaître trois fermes en Douglas. Elle est isolée avec une laine de bois de 200 mm d’épaisseur et recouverte de tuiles canal.

"Atmosphère chambre reposante"
La teinte verte des murs et les volets en bois à claire voie créent une atmosphère reposante.

Les menuiseries en aluminium à rupture de pont thermique et double-vitrage anti-émissif limitent les transferts de calories. Elles sont équipées de volets (marque Griesser) à empilement et orientables pour éviter l’éblouissement et la surchauffe.

Les doublages intérieurs et les cloisons sont en Fermacell. En gypse renforcé par de la fibre de cellulose, les panneaux de Fermacell présentent de sérieux atouts écologiques. Ils sont résistants au feu et excellents  régulateurs de la vapeur d’eau. Denses et rigides, ils présentent  un meilleur bilan phonique que les produits conventionnels.

Pour limiter la propagation des champs électriques et magnétiques, les propriétaires ont équipé la partie repos de câbles spéciaux et d’un interrupteur automatique de champ, qui coupe le circuit des chambres pendant la nuit.

Un système de chauffage optimisé

"Insert bouilleur bois bûches"
Insert bouilleur bois bûches Nordica 15 kW

A 600 mètres d’altitude, une maison, même bioclimatique, peut avoir besoin d’un chauffage  quand le ciel gris plombe l’horizon.

Performant, naturel et peu gourmand en énergie, tels étaient les exigences du couple. Ils ont opté pour un chauffage mixte bois/solaire.

Les 80 tubes sous vide des panneaux solaires fournissent 95% de l’eau chaude sanitaire. En cas de surplus, l’eau chaude va dans un ballon de 1000 litres. Celui-ci est utilisé pour le plancher chauffant de la pièce de vie et les deux radiateurs des salles d’eau. Les propriétaires ne souhaitaient pas de circulation d’eau dans les chambres.

Situé dans la pièce à vivre, l’insert bouilleur fonctionne comme un insert classique mais l’eau qui circule au niveau du caisson d’évacuation des fumées (à environ 300°) sert pour alimenter le plancher chauffant et les radiateurs. Suivant les saisons, le couple  peut régler le chauffage comme il le souhaite, mettre ou non les radiateurs en fonctionnement.

Dans la région, un seul plombier était en mesure de réaliser ces travaux, mais il a déposé le bilan avant d’avoir fini l’installation. “Mon mari a du étudier le système et faire les réglages.”

Avec ces équipements, la consommation est de 35,6 kWh/m2 d’énergie primaire pour le chauffage, l’eau chaude, la climatisation, la ventilation et l’éclairage. Pour chauffer un bâtiment de 195 m2, l’insert consomme 7 mde bois par an.

Des astuces décoratives intéressantes

"Étagères en arrondi"
Les étagères de la bibliothèque épousent la forme du mur, en arrondi, de la salle d’eau contiguë.

Très lumineuse, la maison est un véritable cocon avec des couleurs adaptées à chaque lieu : du rouge sombre dans la pièce à vivre qui bénéficie de beaucoup de lumière ; une teinte saumon clair qui agrandit l’espace dans le couloir ; des couleurs vertes dans une chambre, bleue dans l’autre, qui favorisent le calme et l’harmonie. Entre la pièce à vivre et le couloir, un simple découpage, en forme de serrure, fait office de porte.

Les placards, situés au bout du couloir, sont habillés de jolis « toiles du soleil », très lumineuses. Tissées artisanalement à Saint-Laurent-de-Cerdan ces toiles sont le fruit d’une tradition qui s’est développée à la fin du 19ème siècle.

En arrondis, le mur et la porte de la salle de bain ont exigés des adaptations particulières. Le couple a fait appel à un professionnel de la construction marine, pour réaliser les formes courbes de la porte et les étagères de la bibliothèque.

Dans le respect et en symbiose avec la nature

"Bain d'oiseaux"
Il y a même un bain pour les oiseaux.

Passionnée de botanique la propriétaire s’intéresse aux plantes  depuis plus de 40 ans. Mais celles étudiées lors des nombreux stages, n’étaient pas les mêmes que celles rencontrées dans cette partie des Pyrénées. Qu’à cela ne tienne ! Elle s’est inscrite dans une association qui organise des sorties botaniques et, avec leur aide, elle a pu répertorier les variétés existant sur les 8000 m2 de terrain. « C’est très riche. A partir de février et jusqu’à fin avril, nous avons de nombreuses variétés d’orchidées magnifiques ». En dehors de quelques plantes ajoutées ici et là et d’un jardin en permaculture, l’ensemble du terrain est resté très naturel, avec une végétation spontanée , adaptée au climat. Malgré les difficultés inhérentes à la configuration des lieux en dénivelé, sur une roche très dure et celles liées à leurs exigences qualitatives, les propriétaires ont pu aller au bout de leurs exigences, aidés en cela par un couple d’architectes particulièrement investis dans le projet.

Des clefs pour comprendre : les isolants en fibres de bois

Les isolants en fibre de bois sont obtenus à partir de bois ou de résidus de bois résineux, défibrés industriellement. On emploie de préférence le sapin et l’épicéa, parfois le pin ou le mélèze. La fibre de bois est connue, comme isolant thermique et phonique, depuis plus de sept décennies mais elle n’est véritablement entrée dans la construction française qu’à partir de 1980, quand les premiers panneaux furent importés d’Allemagne. De nombreux pays possèdent désormais des industries de transformation, y compris la France. Le produit se trouve aisément chez les revendeurs, notamment ceux qui sont spécialisés dans les matériaux sains et naturels.

Ces isolants naturels, issus de forêts durablement gérées, sont totalement recyclables. Contrairement aux isolants conventionnels (laine de roche ou de verre) la fibre de bois est perméable à la vapeur d’eau. Elle laisse les parois respirer, évitant ainsi les risques de condensation tout en assurant une bonne étanchéité à l’air.

La fibre de bois en vrac s’emploie en épandage manuel ou mécanique, dans les combles, entre les solives. Elle est obtenue à partir d’un bois déchiqueté, défibré et séché auquel on ajoute du sel de borre pour le protéger des insectes et des rongeurs.

Les panneaux souples ou semi-rigides s’utilisent en isolation phonique et thermique entre les étages, dans les cloisons ou sous toiture en isolation des rampants. C’est un matériau “ressort” qui affaiblit les bruits aériens et les bruits d’impacts.

Les panneaux rigides sont plus denses que les précédents (jusqu’à 280 kg/m2). Ceux obtenus avec le procédé humide s’utilisent pour l’isolation thermique des sols (les plus denses) et pour les murs.

Le procédé de fabrication humide est simple. Après défibrage, les industriels ajoutent de l’eau pour obtenir une pâte. Celle-ci est chauffée pour permettre aux fibres de s’agglomérer naturellement entre elles (le bois possédant son propre liant, la lignine). Elle est ensuite coulée, laminée et séchée pour produire des panneaux de différentes densités, puis découpée.

Il existe également un procédé à sec, qui fournit des panneaux d’une densité variable, plutôt employés comme pare-pluie ou comme support d’enduit.

Le feutre de bois affaiblit les bruits d’impact. Il convient pour l’isolation des planchers en association avec des bandes résilientes pour désolidariser le plancher des solives et des cloisons.

Les bonnes adresses

Les architectes

"Marie-Anne et Thomas Casel"
Marie-Anne et Thomas Casel

Marie-Anne et Thomas Casel, ont fondé ensemble l’agence Casa Architectes en janvier 2009.

Diplômée d’architecture DPLG Marie-Anne a d’abord suivi des cours à l’école des Arts décoratifs de Strasbourg. Cette double formation est un atout supplémentaire dans un projet de construction. Elle permet d’aller au delà du simple bâti, d’obtenir une harmonie des formes et des couleurs, d’autant qu’à ses heures perdues, elle s’adonne aussi à la peinture artistique.

Très tôt intéressé par l’architecture bois, Thomas a également plusieurs cordes à son arc. Lauréat en Alsace du concours régional pour les bâtiments agricoles en bois en 1986 puis lauréat du Trophée bois  national du CNDB en 1991 pour le mobilier d’un sentier de découverte du vignoble alsacien, il a ensuite été directeur du CAUE du Tarn. Pendant treize ans, il a promu la construction bois, lors de diverses actions. En 2004, il suit une formation complémentaire ossature bois MBOC.

Autant dire, que le couple était parfaitement au top pour mener à bien un projet sur mesure, apte à répondre à toutes les exigences.

Casa Architectes 5, rue de l’Ancien Couvent 66300 Thuir tél. 04 68 62 01 53  http://www.casa-architectes.fr/

L’artiste peintre

Vous avez sans doute remarqué ses peintures naïves, sur le buffet, à côté de la longue vue ! Installé avec son épouse Michèle, dans un mas du Vallespir, Gabriel Irrmann est un peintre singulier, qui porte un regard enchanteur et ludique sur son environnement. Ses peintures très colorées relèvent une imagination débordante et une volonté de ne rien prendre au sérieux. Ses joyeux personnages nous entraînent dans un monde poétique où toutes les compositions picturales sont permises, sans restriction.

Sa galerie (dans la rue juste à côté du Musée d’Art Moderne) est ouverte tous les après-midi et le samedi matin.

Can’Art 5, rue Joseph Parayre 66400 Céret tél. 07 87 64 11 91 https://www.ateliercanart.com/can-art-lieu-d-exposition/

Le menuisier

C’est une belle histoire que celle de la menuiserie Vidal. Passionné par son métier, Adrien Vidal a créé son entreprise en 1954 et travaillé jusqu’à ses 80 ans. Lorsque son fils Alain et son épouse Rose-Marie reprennent l’affaire, ils forment une “équipe inversée”. Rose-Marie va sur les chantiers traiter les devis, Alain s’occupe de l’administratif au bureau. Cela fait deux ans que ce dernier a pris sa retraite. Il a été remplacé par Tristan Rouvière, un jeune menuisier de 34 ans.  Passionné lui-aussi par ce métier qu’il avait décidé d’exercer dès l’âge de 16 ans, il reprend l’entreprise, tout en douceur, parrainé par Rose-Marie, depuis quatre ans. Anticipant le départ à la retraite de Rose-Marie, un jeune recru de 24 ans, compagnon du Tour de France, s’initie à l’administratif depuis un an. Le reste de l’équipe n’a pas changé mais cet apport de sang neuf va de pair avec quelques nouveautés.

Depuis quelques temps, l’équipe propose un nouveau type d’escalier. Inventé par Treppenmeister, l’escalier suspendu est devenu un espace de bien-être et de décontraction. Senzu est un escalier innovateur et original. Ses marches antidérapantes massent la voûte plantaire. Au fil de ses allers-retours, l’utilisateur sent ses jambes devenir légères… Le secret d’un tel prodige : des marches structurées qui agissent comme des ponts de pression sur les terminaisons nerveuses du pied.

Menuiserie ébénisterie Vidal, 1 traverse de Les Cluses 66480 Maureillas-las-Illas tél. 04 68 83 06 73 http://www.menuiserie-vidal.fr/

 

 

Secotine

Journaliste-écrivain témoin attentive des palpitations du monde.