Guatemala, 13ème Baktun, Tikal le 21 décembre 2012

Hasard du calendrier, notre premier contact avec la population Maya du Guatemala, fut à l’occasion du 13ème Baktun.

Le 13ème Baktun

Un événement majeur pour le peuple Maya

Tikal, un site majestueux, flamboyant sous le feu des projecteurs

Cela faisait à peine une heure que nous avions quitté la petite ville de Frontera que déjà la nuit enveloppait le minibus. Nous roulions bon train malgré les nids de poule et les camions lancés à pleine allure, qui doublaient n’importe où. En général, nous évitions de voyager la nuit et ce,  quel que soit le pays d’Amérique latine dans lequel nous séjournions. Mais cette fois, c’était cela ou louper définitivement les cérémonies prévues pour le 13ème Baktun.

Nous ne connaissions rien encore, ou si peu de l’histoire du peuple Maya, mais il nous subjuguait.  Pour rien au monde, nous ne voulions laisser passer cette opportunité qui ne se représenterait que dans 5125 ans.

Pour le peuple Maya cette date n’était pas anodine, elle représentait un changement d’ère, une transition entre deux périodes de leur histoire.

Pour nous, c’était une incitation à comprendre cette civilisation.

Ferveur d’un moment fort, où toute la population Maya aspire à une vie paisible et à la reconnaissance de ses traditions millénaires.

Dans la débauche d’informations qui avaient précédé l’événement, peu de journaux s’étaient intéressés à l’essentiel : comment le peuple maya vivrait-il cette journée historique ?

Bannis sur leurs propres terres pendant des siècles, partiellement exterminés par les conquistadors ; anéantis par des années de guerre civile et de discrimination, les indigènes percevaient ce changement d’ère comme un acte spirituel et personnel. Ce n’était en aucun cas un spectacle conçu dans un but touristique.

Tikal dégradation pyramide
Les touristes dégradèrent les pyramides en les escaladant

Par des actes symboliques tels que la cérémonie des offrandes autour du feu nouveau, des incantations, des danses, ils aspiraient simplement à une ère nouvelle qui leur permettrait de trouver une juste place dans la société, de renouer avec la paix, de réconcilier l’humanité et la nature.

Au cœur de la luxuriante et quasi-impénétrable forêt tropicale du Petén, le site de Tikal, l’un des plus emblématiques de la civilisation Maya, se prêtait admirablement bien aux cérémonies.

Mais, c’était sans compter sur le battage médiatique fait par les instances gouvernementales et les quelques 7000 touristes, qui prirent d’assaut le site.

Il n’y eu  aucune considération pour la population indigène, ni pour l’inestimable patrimoine archéologique, endommagé par des individus, qui escaladèrent le temple II, normalement interdit au public.

Un tri sélectif, très particulier

Que faisaient à Tikal, les représentants de plus de 20 pays de la secte Aun ?

Il fallait montrer « patte blanche » et s’acquitter du droit d’entrée pour arriver au site. Le filtrage était tel qu’une partie de la population Maya fut refoulé, entraînant une manifestation et la colère, toute à fait légitime, d’un peuple à qui on refusait l’accès à sa propre culture. En représailles, les danses, prévues dans la nuit, furent annulées. Alberto Maroquin, le secrétaire du Grand Conseil des Mayas résumera en quelques mots le fiasco de cette nuit voulue mémorable « Les Mayas se sentaient marginalisés, utilisés comme une marchandise ». Car c’est bien de cela dont il s’agissait ! La date symbolique du changement d’ère n’avait été qu’un fantastique produit marketing, servant à promouvoir et à développer un tourisme de masse.

Les promoteurs de ce marché n’avaient pas lésiné sur les moyens pour arriver à leurs objectifs et ils ne s’étaient fixé aucune restriction.

Dans ce contexte, nous avons eu la désagréable surprise d’assister à un cérémonial orchestré par les représentants de la secte Aum, à une centaine de mètres des cérémonies maya officielles. Faut-il se rappeler que cette secte, implantée principalement au Japon, est à l’origine de plusieurs actes criminels, dont l’attaque au gaz sarin, dans le métro de Tokyo, le 20 mars 1995.  Nous nous sommes longuement interrogé sur la légitimité de sa présence en ces lieux, sans trouver une seule réponse acceptable.  https://fr.wikipedia.org/wiki/Attentat_au_gaz_sarin_dans_le_m%C3%A9tro_de_Tokyo 

Le 13ème Baktun, au cœur de la nuit tropicale

Malgré la foule et les dysfonctionnements de l’organisation, l’arrivée sur le site de Tikal, en pleine nuit, a quelque chose de magique. Éclairées par des projecteurs, les pyramides se détachaient sur fond d’encre. Pour accéder à la Grande Place, il fallait passer sous le couvert des arbres et là, point de salut sans une bonne lampe de poche.

Pauvre ères enveloppés par l’épaisse forêt, pour aussi nombreux que nous soyons, l’impression était saisissante. Habitués aux allers-venues des hommes sur le site, les animaux sauvages étaient restés à proximité et l’on entendait aisément leurs cris dès que l’on s’éloignait un peu des points stratégiques où se massait un public hétéroclite.

Envoûtés par l’atmosphère de cette forêt, dont il paraissait que les hommes ne puissent jamais percer tous les mystères tant elle semblait dense et inextricable, nous avons cheminé sur une bonne distance avant d’arriver au cœur même de la manifestation.

Tikal sous le feu des projecteurs

sacerdote calendrier maya
Le sacerdote établit le lien entre les hommes et les divinités.

La débauche de lumière était impressionnante et pourtant elle n’arrivait pas à occulter la ferveur d’une minorité d’hommes et de femmes Mayas, regroupés autour du « fuego nuevo ». Deux sacerdotes orchestraient la cérémonie. Le moment était solennel. Les visages  recueillis témoignaient de l’intensité de la ferveur des participants, de l’intérêt que ce peuple portait aux actes symboliques.

Les joueurs de marimba étaient à l’unisson. Musiciens au service d’une communion fraternelle, ils interprétaient une musique ensorcelante, en symbiose avec l’atmosphère quasi-surnaturelle des lieux et du moment.

Tikal 13ème baktun
Beaucoup d’actes possèdent une dimension sacrée pour le peuple Maya.

Journaliste je l’étais à cet instant. Mais soucieuse de ne manquer aucun  acte majeur, je n’aspirais qu’à me fondre dans cette masse jusqu’à m’y confondre. Les yeux rivés sur les lèvres des chamans, nous ne voulions perdre aucune miette des paroles que nous ne saisissions qu’à demi-mots.

Tous participaient à cet échange universel. Des femmes jetaient des offrandes dans le feu : des fleurs et des feuilles odorantes, du chocolat, du tabac et des objets.  Ces dons représentaient tantôt le passé dont elles voulaient s’écarter, tantôt le futur qu’elles espéraient meilleur.

Les indigènes et quelques occidentaux formaient un cercle compact autour du feu. Le reste du public déambulait d’un point à un autre, discutant par petits groupes, un coca ou un hamburger à la main. La plupart était venu voir le spectacle et notamment les danses. Tous attendaient avec impatience que s’achève cette cérémonie à laquelle ils ne comprenaient pas grand-chose.  Mais en dehors de la « baile de Venado » dansée spontanément par un groupe d’indigènes présent, toutes les danses seront annulée et la nuit s’achèvera ainsi.

Alors que certains se retiraient dans leurs tentes, qu’ils avaient installés directement sur le site, nous prenions le chemin de la seule pyramide accessible au public. De ce point de vue exceptionnel, nous espérions assister au lever du soleil sur la forêt tropicale.

Mr le Président, vous nous direz peut-être…

Otto Pérez Molina
Les touristes et les politiques ont volé aux peuple Maya, cette nuit exceptionnelle.

Mais dès que les premiers rayons solaires filtrèrent au travers les brumes matinales, nous avons compris que la météo ne permettrait pas de satisfaire notre rêve. La foule était dense et quand nous avons voulu descendre de la pyramide, nous ne pouvions plus ni avancer, ni reculer.

Le président du Guatemala, Otto Pérez Molina était à moins d’un mètre, en prise avec un reporter d’une chaîne de télévision nationale et à peine encadré par un service d’ordre réduit à sa plus simple expression.

Pour cet ancien général devenu président, auquel on reprochait un certain nombre d’exactions pendant la guerre civile, l’exercice était délicat.  Malgré l’épuration ethnique dont ils avaient été victimes, les Mayas restaient largement majoritaires au Guatemala. Ils représentaient plus de 60% de la population. Dans ce contexte, son discours ne pouvait que s’orienter autour de quelques banalités invitant à l’unité nationale et à la réconciliation.

Il n’était alors qu’au début de son mandat et les quelques mesures prises en faveur des indigènes ne masquaient aucunement la réalité : les Mayas étaient encore exclus de nombreux postes et cantonnés dans des zones géographiques non réquisitionnées par les riches propriétaires terriens.

Tikal, à la lumière du jour

Les pyramides, d’ordinaire interdite au public, furent prisent d’assaut et pour l’une d’elles, gravement endommagée.

Après un rapide et frugal petit déjeuner, nous découvrons le site à la faveur d’un ciel mitigé. ¨longeant dans un lointain passé, nous tentons d’imaginer une métropole, capable d’accueillir autrefois plus de dix mille habitants. Aussi impressionnantes soient-elles, les ruines visibles aujourd’hui ne représentent qu’une infime partie de la cité qui prospérait en ces lieux.

De nombreux médias et les sectes ont fait l’amalgame entre ce qui était annoncé “la fin d’un monde” et “la fin du monde”.

Piétinée dans la nuit par plus de sept milles paires de pieds, elle n’en demeure pas moins resplendissante d’autant que le flot des simples curieux s’est largement réduit.

Ne restent  sur place que les indigènes, quelques touristes et un groupe d’hommes et de femmes, regroupés autour d’un feu. A l’écart, un gourou transmet son enseignement à un élève hypnotisé. Sur les escaliers d’un temple, un adepte médite, assis en position du lotus.

Bien que certains amérindiens soient vêtus de blanc pour la circonstance, ces hommes et ces femmes n’ont visiblement rien à voir avec la civilisation Maya. Ils n’ont ni la bonne couleur, ni cette attitude fière et respectueuse, qui sied si bien au peuple indigène.

Répondant à nos questions, un participant nous apprend qu’il s’agit de représentants de la secte Aum, avant de réintégrer prestement le cercle formé autour de celui qui s’affiche comme leur guide spirituel, ou leur gourou. Surpris par cette présence au cœur d’un événement où cette secte n’a nulle raison d’être, nous retournons vers la Grande Place.

Les indigènes ont revêtus leurs masques et les attributs des animaux que les danses traditionnelles mettent à l’honneur. L’ambiance semble apaisée. Même les ratons laveurs ne s’y trompent pas. Peu craintifs, ils s’approchent à quelques pas, en quête de nourriture, pour flairer les mains des visiteurs.

Le mystère des calendriers mayas

Calendrier Maya

Comme de nombreux peuples de l’Amérique précolombienne, les Mayas utilisent principalement deux types de calendriers. Le calendrier Tzolk’in de 260 jours et le calendrier haab de 300 jours + 5. Ils emploient également une troisième forme de datation : le compte long.

Même si le calendrier haab est quasi-similaire au nôtre, le mode de calcul est différent. Ils n’ont pas d’équivalent pour notre semaine. Le kin correspond au jour, le tun  quasiment à une année solaire : 360 jours. Le katun est égal à 20 tun. Le baktun est égale à 20 katun, soit 144 000 jours. L’unité supérieure au baktun se nomme le kinchilun. Il équivaut à plus de trois millions d’années. Les Mayas croient à l’existence de grands cycles de 13 baktun, correspondant approximativement à 5125 années solaires. Le point de départ du 13ème baktun se situerait au 11 août 3114 avant J.C.

 

 

 

 

 

 

Secotine

Journaliste-écrivain témoin attentive des palpitations du monde.