Insolites et majestueux, les Orgues de l’Ille-sur-Têt

D’une beauté fragile, le site des Orgues de l’Ille-sur-Têt présente des falaises de sable et d’argile, que le vent et les pluies cisèlent et modèlent en permanence.

"Cheminées de fées"
Les cheminées de fées.
"Orgues de l'Ille-sur-Tet"
Une coiffe déjà instable.

Accumulées au fil des millénaires, les strates de sable et d’argile ont constitué une colline que les pluies, le vent et l’érosion ont patiemment transformée en un décor lunaire, quasi-apocalyptique. Le site a aussi été modelé par le travail des hommes. Lorsque les premiers agriculteurs se sont installés sur les lieux, ils ont aménagé des terrasses et planté des arbres.

Désormais, à l’image des artistes de l’éphémère qui composent des œuvres sur les trottoirs ou sur le sable humide des plages, seule Dame Nature se charge de remanier sans cesse les pentes et les colonnes, striant leurs flancs à coups de Tramontane et de ruissellements.

Les géologues parlent de « cheminées de fées », un terme très poétique pour désigner une colonne de roche tendre surmontée d’une coiffe plus dure. Hautes de 10 à 12 mètres de haut, les colonnes se découpent sur un ciel azuréen, dans un paysage aride. Certains les appellent aussi “demoiselles coiffées” du fait qu’elles sont chapeautées par une couche de roche plus résistante, qui les protège un peu de l’érosion.  Mais lorsque celle-ci  achève de grignoter les parties tendres, la “coiffe” perd ses assises et s’effondre. Sur le site, il est aisé de repérer les cheminées qui possèdent encore leur chapeau et celles qui s’affaissent faute de protection.  Sur les pentes moins raides, le travail d’érosion est plus rapide. Il forme des incisions, ces fameux “tuyaux d’orgue” qui ont donné le nom au site.

Un pays d’eau

"Rivière asséchée"
Le chemin d’accès peut se transformer en torrent.

Impossible de manquer le site lorsque vous quittez Perpignan en direction des stations de ski et d’Andorre, par la N116, qui suit le cheminement de la vallée de la Tet. Les Orgues se trouve à environ 3 km du village de l’Ille-sur-Tet, en direction de Montalba.

D’une importance capitale dans la formation du site, la Tet prend sa source au pied du pic Carlit, à 2405 mètres d’altitude et serpente pendant 115 kilomètres entre les Aspres au sud et les premiers contreforts des Fenouillèdes au nord, avant de se jeter dans la Méditerranée. Appelée aussi Ribéral qui signifie zone de rivières ou encore arrosée, irriguée, terres fertiles cette vallée de deux kilomètres de large fut ainsi nommée, en raison de la profusion de sources et de résurgences présentes.

A contrario, lorsqu’on arrive sur le site des Orgues de l’Ille-sur-Tet, le paysage paraît très minéral, bien qu’il se trouve à la confluence de deux torrents : la Reixte et le Pilo d’en Guil. L’un et l’autre peuvent se révéler impétueux en cas d’orage, lorsque les pluies d’automne déversent en une journée, autant de  pluie qu’en reçoit Paris en un an.

Mais ils sont souvent à sec et par beau temps, il est difficile d’imaginer que le torrent peut débiter 5 m3 d’eau par seconde et emporter tout sur son passage.

Le travail de l’eau dans le lit du chemin-torrent est certes moins spectaculaire que celui accomplit sur le site des Orgues au fil des millénaires mais en observant attentivement le côté le plus pentu, on peut voir les différentes strates de sables, d‘argile, de graviers et de galets, laissés au fil des variations climatiques et de niveaux d’eau, au cours des millénaires passés.

Un long façonnage

"Érosion"
Pluies et vents ont érodé la colline.
Sculpté par les pluies et le vent.""
Sculpté par les pluies et le vent.

Pour comprendre le site des Orgues de l’Ille-sur-Tet, il faut remonter le temps jusqu’à environ 40 millions d’années.  A  cette époque, la collision de la plaque ibérique et de la plaque eurasienne donne naissance à la chaîne des Pyrénées, à l’emplacement d’une mer peu profonde.

Environ 10 millions d’années plus tard, la partie orientale de la chaîne se disloque, laissant place à la Méditerranée. Suite à un nouveau mouvement des plaques qui ferment le détroit de Gibraltar, vers – 5,5 millions d’années, son niveau baisse de 1500 mètres. De profondes vallées se creuses mais cet épisode sera de courte durée.

"Oeuvre éphémères et fragiles. "
Oeuvre éphémères et fragiles.

Lorsque le niveau de la Méditerranée remonte, elle envahit les terres du Roussillon et la vallée de la Tet, jusqu’au col de Ternère.

L’érosion entraîne les sables granitiques du plateau de Montalba vers la vallée, sur le site actuel des Orgues. Cette période de la fin du Tertiaire est marquée par un climat tropical. Les paysages s’apparentent à la savane africaine avec des hautes herbes. Puis doucement, le climat change pour devenir méditerranéen et s’acheminer vers  les glaciations du quaternaires, qui favorisent l’éclatement des roches et l’apparition de steppes arides, balayées par les vents. Les glaces font baisser le niveau de la mer, entrainant la formation de terrasses alluviales sur les bords de la Tet.

Les conditions climatiques actuelles correspondent à celles des périodes interglaciaires. Mais les falaises sédimentaires sont désormais à nu. Aucune végétation ne les protège de l’érosion, qui s’accélère. Le sable s’en va au gré des vents, des pluies et des orages.

Une terre ingrate

"végétation méditerranéenne."
Seule pousse, une végétation méditerranéenne.

Les familles de migrants espagnols, qui se sont implantées dans la région au XIXème siècle, avaient baptisé l’endroit el vall del infern (la vallée de l’enfer), tant la terre était ingrate et le travail rude. Alors que la vallée de la Tet était couverte de vergers, sur le site des Orgues de l’Ille-sur-Tet rien ne poussait en dehors de l’olivier, la vigne, l’amandier et le figuier, des cultures typiques des zones sèches du bassin méditerranéen.

Le paysage agricole des Orgues ne changera qu’à partir des années 1960, lorsque l’eau y sera acheminée. On y produira alors des pêches de vigne, plus petites que les pêches de la vallée de la Tet mais plus précoces et plus fruitées.

L’activité agricole se poursuivra, bon an mal an, jusqu’en 1992 bien que le site soit classé depuis 1981, dans le cadre de la loi du 2 mai 1930, relative à la protection des monuments naturels et des sites à caractère artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque. Après son acquisition par la municipalité de l’Ille-sur-Tet, il perd sa vocation agricole au profit du tourisme.

Informations pratiques

Le site des Orgues de l’Ille-sur-Tet est ouvert quasiment toute l’année, sauf pendant la période des fêtes de Noël et du jour de l’an. L’accès se fait uniquement à pied, du parking situé à environ 800 mètres de la billeterie. Idéale pour les familles, la balade totale fait environ 2 km, pour 50 m de dénivelé. Comptez de 45 minutes à 1 heure pour la visite. Les groupes peuvent réserver à l’avance pour une visite guidée.

Du 31 mars au 14 juin de 9h30 à 19 h

Du 15 juin au 14 septembre de 9h15 à 20 h

Du 15 septembre au 14 octobre de 9h30 à 19 h

Du 15 octobre au 4 novembre de 10 h à 18 h

Du 5 novembre au 19 décembre de 14 h à 17h30

Fermeture du 20 décembre 2018 au 2 janvier 2019

Tél. 04 68 84 13 13 http://lesorgues.ille-sur-tet.com/

 

Secotine

Journaliste-écrivain témoin attentive des palpitations du monde.