Jardin à visiter : la Palmeraie de Sarthou

C’est l’histoire d’un rêve d’enfant et  d’une graine de passion ! Des années plus tard, la graine devient palmier et le rêve donne naissance à un jardin exotique, au cœur du Gers, la Palmeraie de Sarthou.

"Palmiers rustiques"
La Palmeraie regroupe une sélection de palmiers, qui résistent bien aux rigueurs de l’hiver.

Dans la douce Gascogne, le Gers échappe aux grandes migrations estivales. Situé entre l’A62, l’A63 et l’A64 ce département à dominance rurale n’est traversé par aucun de ces grands axes. Mais comme il en est tout proche, il suffit d’un petit détour pour entrer dans une autre dimension. Alors, sur la route des vacances n’hésitez pas à faire ce crochet pour sortir des sentiers battus. Le Gers possède en effet,  de nombreux atours pour séduire les amoureux de vacances insolites et de découvertes. Nous ne parlerons pas ici de ses bastides, de ses castelnaux et de ses villes fortifiées ni de ses savoureuses spécialités telles que le foie gras, l’Armagnac et le confit de canard mais d’un jardin, unique en son genre, qui apporte une bouffée d’exotisme au pays de d’Artagnan. Pensez donc, ici survivent aux rigueurs climatiques de l’hiver des palmiers, des bananiers, des bambous, des strelitzas  et bien d’autres végétaux que l’on trouve habituellement sous les tropiques. Foi de mousquetaire, fallait oser le faire !

Ainsi naît une oasis

"Graine de palmier"
Des palmiers nés d’une petite graine et d’une grande passion.

Enfant, Daniel admirait les Trachycarpus fortunei  (palmiers de Chine), importés dans le sud-ouest de la France, par les anglais. Ils y prospéraient, notamment à Pau où l’on trouve les plus vieux représentants de cette variété.

Devenu adulte, il récolte des graines dans les jardins de la région et sélectionne les plus beaux spécimens, qu’il plante sur le terrain en friche avoisinant la maison en ruine qu’il acquiert avec son épouse Marie-Christine. Nous sommes en 1980, la palmeraie de Sarthou vient de naître et elle ne demande qu’à grandir. Les premiers palmiers poussent vite et génèrent des graines qui étoffent la plantation. D’autres variétés les rejoignent mais le terrain devient vite trop petit ! En, 1986, le couple acquiert deux hectares supplémentaires pour créer une bananeraie et installer d’autres végétaux exotiques tels que des bambous.

"Bambouseraie"
La bambouseraie, une oasis de fraîcheur qui compte une trentaine de variétés, organisées de façon à constituer un labyrinthe de petits chemins dans lesquels il fait bon déambuler.

A l’époque, on parlait peu de jardinage “bio” et ils font figure de pionniers. Outre leur goût prononcé pour les végétaux exotiques, ils travaillent en respectant la Nature. Ils désherbent manuellement et n’emploient ni pesticides, ni insecticides. Pour ces deux avant-gardistes, respecter la nature relève simplement du “bon sens”.

Ils s’adaptent  aux exigences de l’environnement en profitant  des interactions qui se mettent spontanément en oeuvre, dans un univers  exempt de produits chimiques, sans se formaliser des petites imperfections. Elles font partie intégrante du paysage de ce jardin, qui semble naturel, alors que la main de l’homme est omniprésente. Mais elle n’est jamais agressive, ni invasive !

"la bananeraie"
La bananeraie est implantée sur la colline réalisée avec la terre extraite pour créer le plan d’eau. Originaire du Japon, le musa basjoo est un bananier particulièrement résistant au froid. Il produit de petits régimes décoratifs dépourvus de chair.

Observateur, à l’écoute de la nature, le couple ne cherche pas à coloniser tout l’espace avec des végétaux exotiques. La part belle est faite à ce que leur offre, spontanément, la terre, la faune et la flore. Ils se régalent de voir les écureuils, cacher ici et là des noix puis les oublier dans les lieux où ils les ont dissimulées. Merci les écervelés, Dame Nature prend alors le relais et les graines deviennent, quelques années plus tard, de grands et beaux noyers et amandiers. Leur ombrage protège le jardin et génère de l’humidité. De fait, il exige moins d’arrosages.

Connaissant bien le climat du Gers, qui peut être très chaud en été et rigoureux en hiver, ils optent pour des plantes rustiques, issues d’Asie centrale et conservent la végétation endémique, tels que des chênes et des aulnes, l’ensemble constituant un micro-climat propice au développement de cette oasis.

"Lotus en fleurs"
Ils ont planté douze pieds de lotus. Un seul a survécu mais, fait remarquable, il fournit des fleurs blanches, rose clair et rose vif. Plus il fait chaud, plus les couleurs s’affirment.

En 1999, le jardin a déjà fière allure, c’est le bon moment pour l’ouvrir au public.

A partir de 2000, le rythme des créations et des découvertes s’accélère. Ils installent une serre tropicale chauffée, plantent une nouvelle bananeraie entourée d’un arboretum, creusent un bassin au niveau de la source qu’ils viennent de découvrir.

Cette eau, qui jaillit du sol est une véritable bénédiction pour le jardin. Ils ne craignent plus les étés caniculaires et ils peuvent augmenter la diversité des végétaux.

Des nénuphars et des lotus animent le paysage, non loin de la prairie naturelle. C’est le royaume de la petite faune et d’un écosystème qui s’est spontanément reconstitué avec quelques plantes protégées telles que les orchidées sauvages du Gers.

Le terrain révélant ses surprises au fur et à mesure des travaux, ils découvrent une carrière de sable et un gisement d’huîtres fossiles. C’est l’endroit rêvé pour installer un jardin méditerranéen avec des agaves et autres succulentes ainsi que des végétaux plus originaux tels que des flamboyants et des néfliers du Japon.

Mystérieuses graines de lotus

"graines de lotus"
En forme de pomme d’arrosoir, les graines de lotus apparaissent au dessus du plan d’eau.

Originaire du sous-continent indien, le lotus est omniprésent dans l’architecture et dans l’art, du Rajasthan. Cela tient au fait que le lotus est l’unique plante aquatique dont la fleur s’élève au dessus de l’eau, donnant une image de légèreté, qui rejoint celle de Bouddha flottant au dessus du sol . La boue, dans laquelle le lotus puise sa substance vitale, représente les souffrances, les désirs et les troubles nécessaires à notre épanouissement, de la même façon qu’on peut transformer son karma, grâce à l’éveil à la loi de causalité, un concept majeur de la philosophie bouddhique. La graine et la fleur de lotus apparaissent ensemble, symbolisant la simultanéité de la cause (la graine) et de l’effet (la fleur). Les hindous associent la fleur de lotus au mythe de la création, c’est le symbole divin. Dans la tradition hindouiste, elle représente la pureté du corps, de la parole et de l’esprit.

Mais, le mystère du lotus ne s’arrête pas à la symbolique bouddhiste, il va bien au delà avec des graines capables de vivre 1300 ans dans des conditions extrêmes. Cette plante détiendrait-elle le secret de la longévité ?  Après avoir mis à jour, en Chine du Nord, des graines de lotus, qui séjournaient au fond d’un lac depuis presque 1300 ans, une équipe de chercheurs de l’UCLA (l’université de Californie Los-Angeles)  a découvert que la plante disposait d’un système génétique apte réparer les défauts de germination et à engendrer des techniques de survie uniques. Les fleurs de lotus produisent de la chaleur qui attire les pollinisateurs. Ses feuilles repoussent la saleté de l’eau et ses fruits sont enveloppés par des antibiotiques et une cire qui protègent la graine.

L’histoire de la Gascogne au passé et au présent

"Maison traditionnelle de la Gascogne"
Maison traditionnelle de la Gascogne.

Depuis 2006 des sculptures animent la palmeraie. Elles sont l’oeuvre de Wolfgang Holz, des Botta… Certaines mettent en lumière les pièces mécaniques de vieux matériels agricoles. En rappelant, d’une manière artistique, que le département est essentiellement rural, Daniel et Marie-Christine évoquent un passé proche qu’ils reconstituent dans une vieille ferme, acquise en 2010.

Ils font revivre l’histoire au travers les murs de torchis de la bâtisse et un aménagement conforme à l’époque où l’on construisait avec les matériaux trouvés sur place. On y travaillait en fonction de ce que la Nature offrait. La terre locale étant propice à la poterie, la palmeraie se situe dans un ancien village potier. Le chai rappelle que la région était viticole et le poulailler, où s’ébattent des gallinacées et palmipèdes, fait surgir un passé toujours présent.

Informations pratiques

La Palmeraie de Sarthou est labelisée “Jardin remarquable” depuis 2006.

Elle est ouverte en février et mars : de 14 h à 18 h – fermé le jeudi ; en avril et mai : de 10 h à 12 h et de 15 h à 19 h – fermé le jeudi ; en juin, juillet, août et septembre : de 10 h à 19 h – tous les jours ; en octobre et novembre : de 14 h à 18 h – fermé le jeudi ; fermée en décembre et janvier.

Daniel et Marie-Christine Fort Palmeraie de Sarthou, 32110 Bétous tél. 05-62-09-01-17 https://www.palmeraiesarthou.com/

 

Secotine

Journaliste-écrivain témoin attentive des palpitations du monde.