2017, le Jardin de l’Olivier, un jardin en devenir…

Pour écrire nos guides, parus aux éditions Ouest-France, nous avions vu plus de deux cents jardins magnifiques. C’était assez pour nous donner envie de créer le nôtre, que nous avons baptisé “le Jardin de l’Olivier”  !

Création d’un jardin bio, le jardin de l’Olivier

Vieil olivier solitaire
A notre arrivée, seul un vieil olivier, quatre fois centenaire, agrémentait l’espace devant le bassin des carpes koï.

En décembre lorsque nous sommes arrivés, il n’y avait quasiment rien sur le terrain. Seuls un olivier, une touffe d’arums et un joli massif de strelitzias (oiseaux du paradis) agrémentaient le bout de la cour.

cour pavée de granit
L’entrée de la cour était joliment dallée de pavés en granit.

Les anciens propriétaires étaient plutôt “minéral”.

L’entrée de la propriété était joliment dallée en pavés de  granit bicolores et le tour de la piscine offrait une surface nette en auto-bloquants, antidérapant mais sensibles aux incrustations de végétaux.

Pas de plantations, pas de feuilles à ramasser sur les pavés ni au fond de la piscine ! Nous qui rêvions de grands arbres auxquels nous pourrions accrocher nos hamacs, nous avons vite compris que la farniente n’était pas au programme.

Côté jardin d’agrément, nous avions heureusement anticipé un peu les besoins en accumulant les plantes en pots et les bouturages dans notre petite entrée de Céret.

plantes en pot et boutures
Pendant nos trois ans de location à Céret, nous avions accumulé les plantes en pot et fait des boutures.

Lorsqu’au moment du déménagement, Christian et Roger ont déchargé le camion de location, la cour et le trottoir longeant la maison se sont transformés en annexe d’une grande surface du jardinage…

pelouse endommagée et plantes en pot attendant d'être plantée
Les plantations réalisées à Céret ont passé l’hiver en pot.

Après coup, nous n’avions plus qu’une idée : transformer ce terrain sans âme en un joli jardin, avec un potager dans la partie basse, quelques fruitiers, des arbustes pour constituer un écran de verdure et des massifs de fleurs à volonté.

Mais, les pluies de ce début d’hiver peinaient à ravigoter une pelouse qui n’en n’avait plus que le nom. Rustique, elle l’était certes pour avoir résister aux piétinements et aux travaux de mécanique de l’ancien propriétaire qui rénovait (magnifiquement) de vieilles voiture et notamment une collection de 2 CV.

Mais de la pelouse, il ne restait  que du chiendent, une herbacée aussi commune que redoutée des jardiniers.  Implanté dans une terre sèche, bien tassée par les pieds et les roues de voiture, il était particulièrement difficile à déloger.

terrain inégal pelouse de chiendent
Le terrain était très inégal, avec une butte près du mur et un creux à proximité de la haie.

Le motoculteur prêté par nos anciens voisins peinait à casser la croûte terrestre et multipliait les racines de chiendent en autant de morceaux qui allaient donner naissance à de nouvelles herbes, lesquelles envahiraient le jardin avant même que nous ayons eu le temps de planter nos premiers végétaux !…

Janvier et février se sont éclipsés avant que ne commencent véritablement les travaux.

Julie québécoise specialisée taille niwaki
Première expérience de woofing réussie pour Julie et pour nous.

Nous avions juste planté quelques fruitiers : pêcher, cerisier, oranger, kumquat, groseillier et une demi douzaine d’arbustes, quand Julie est arrivée de Barcelone, en mars. Cette jeune et dynamique québécoise oeuvre, d’avril à novembre, au jardin botanique de Montréal, notamment dans la partie japonaise.

http://espacepourlavie.ca/jardin-japonais 

A ses heures perdues, elle réalise aussi des projets d’implantation de jardins pour les propriétaires canadiens. Pendant les mois d’hiver, quand le sol gelé et la neige interdisent tous travaux de jardinage au Quebec, elle profite de ces vacances forcées pour voyager.

Après un stage de formation à la taille des bonsaïs au jardin botanique de Barcelone, elle nous  a fait part de son envie de prolonger son séjour en Europe et de venir en France pour quelques semaines.

Notre région ensoleillée lui offrait, à cette époque de l’année, de belles opportunités de découvertes et c’était exactement le coup de pouce qu’il nous fallait !

Côté potager, première partie

desherbage et préparation d'un potager bio
Julie désherbe et prépare le terrain de la première partie du potager.

Compétente et sympathique, avec un accent qui ravissait nos oreilles, elle a immédiatement pris en main l’organisation des opérations. Nous avions défini nos priorités : faire un potager dans la pointe du jardin jouxtant la piscine. Mais cette partie de la propriété était particulièrement ingrate avec ses dénivelés ! Pour cette première année sur les lieux, nous voulions aussi implanter deux massifs. Le premier longerait le trottoir bordant la maison. Le second renforcerait l’esprit japonisant de l’espace où se trouvaient l’olivier taillé en plateaux et le bassin des carpes koï.

Pour nous affranchir de l’affreuse butte de terre, très inégale, qui longeait le mur de la piscine, nous avons utilisé la méthode de la culture en lasagne. Les bords de celle-ci sont formées de demi-palettes fixées les unes aux autres et maintenues par des pieux. Un textile, agrafé contre les palettes, maintient la terre. Cette partie surélevée est idéale pour les fraisiers, pour cueillir les fruits sans se casser le dos !

Après avoir planté trois séries de 10 pieds de différentes variétés Gariguette, Charlotte et Mara des bois, il restait encore pas mal de place sur la lasagne, d’autant que nous avions incorporé des pieds sur les côtés, entre les montants des palettes.

Radis et laitues ont meublé un temps la partie vacante puis il a fallu se rendre à l’évidence. La faible production de cette première année nous laissait un délicieux goût de “trop peu”. Nous avons ajouté deux autres séries de dix fraisiers, des Cijosee et des Cirafine et réduit considérablement la part laissée aux autres légumes. En fait, il ne reste plus dans la lasagne, que quelques radis qui seront prochainement remplacés par des fraisiers entre lesquels nous planteront des poireaux, les deux se protégeant mutuellement.

Nous avons divisé la partie restante en parcelles de 1,80 m de large. Cette disposition nous permet d’intervenir sans piétiner le terrain et de faire tourner les cultures au fil des ans. Les petites allées de 50 cm de large sont recouvertes d’un géotextile pour limiter la pousse des herbes indésirables.

Les cinq zones ainsi créées ont vite été colonisées par les pommes de terre, les petits-pois, les courgettes et les salades. Au bout de quelques semaines, il n’y avait plus de place pour les pieds de tomates, les haricots, les aubergines, les poivrons et les piments. Il aurait été dommage de se priver de ces légumes du sud, dans notre région particulièrement favorisée par le soleil… Nous trouverons finalement une solution quelques semaines plus tard. En attendant, il restait encore beaucoup à faire pour arriver au terme du programme envisagé avec Julie.

Espace japonisant du Jardin de l’Olivier

carpe koï dévorant plantes aquatiques
Gourmandes, les carpes koï dévorent les plantes aquatiques.
Jardin de l'Olivier
Le jardin de l’Olivier, le bien nommé.

En visitant la maison avant l’achat, nous avions été séduits par le bassin et sa cascade, situés au fond de la cour et le massif  de strelitzias tout en regrettant que l’olivier ait été taillé en plateaux, parfaitement uniformes et inconsistants.

Rien à voir avec la taille niwaki inspirée d’un art ancestral pratiqué dans les jardins orientaux, vraisemblablement dès le 12ème siècle !

Spécialiste du sujet, Julie était navrée par cette maltraitance, mais nous étions contraints de patienter quelques mois et d’attendre la venue de jeunes pousses pour rectifier cette erreur, autant que faire ce peu.

Rien ne nous empêchait par contre d’accentuer le côté japonisant de cet espace en créant une rocaille symbolisant une rivière et en aménageant l’ensemble avec des plantes de terrain sec pour ne pas pénaliser l’olivier par des arrosages intempestifs. Nous avons d’ailleurs condamné l’arrosage automatique de cette partie du jardin.

aménagement rocaille sous l'olivier
Entre les galets, nous avons planté des succulentes, résistantes à la sécheresse.

Lavande papillon, echeverias, sedums, pourpiers perpétuels, sauges, santolines, ficoïdes, alysses colonisent désormais l’espace, sans pour autant recouvrir totalement la surface du sol.

En attendant que le temps fasse son oeuvre et que nos jeunes plantations s’étoffent, j’ai ajouté des pourpiers à grandes fleurs, particulièrement lumineux par temps clair et ensoleillé , ce qui est majoritairement le cas dans notre région. Ils assurent une bonne couverture du sol.

Esprit japonais oblige, je n’ai pas résisté au plaisir de planter une azalée, qui  illumine l’endroit de ses jolies fleurs roses, au printemps. J’ai également ajouté  une touffe d’iris et deux chrysanthèmes, l’une pour ses fleurs printanières, l’autre pour sa floraison automnale.

Plus tard, sans doute à l’automne, nous continuerons le désherbage pour planter une haie de bambou non traçant, le long de notre mur d’enceinte.

Naissance d’une plate-bande fleurie

terrain pelé pour implanter plate-bande fleurie
Préparation du terrain pour la mixed-border.

Quelle était triste cette pelouse avec ses taches de terre brune. Les rosiers, les verveines et la gaura se distinguaient à peine sur l’herbe. Pour éviter de déplanter puis replanter ces végétaux, nous avons glissé un géotextile au dessous. L’objectif avoué était qu’il étouffe le chiendent au bout de quelques mois et nous simplifient ainsi la tâche.

plantation des fleurs et ajout du compost
Le compost végétal enrichit la terre et la protège des intempéries.

Ailleurs, Julie et Christian se sont armés d’une bêche et d’une demi-lune pour peler littéralement le sol et le débarrasser, autant que possible, de ces herbacées bien envahissantes.

Cette partie du terrain, où avaient été stockés les voitures en rénovation, était particulièrement difficile à travailler. La terre était bien tassée et les outils n’y pénétraient que difficilement. Elle nécessitait un amendement sérieux. Après quelques recherches auprès des mairies voisines, nous avons appris qu’une “plate-forme à compost” se trouvait à  proximité. Tous les déchets végétaux  y étaient transformés en un précieux et magnifique compost.

A défaut de remorque, nous avons convertie notre 407 en véhicule de travail et fait quelques aller-retours entre la plate-forme et le jardin. En plus d’améliorer grandement la qualité de la terre, de fertiliser les plantes, ce joli compost brun foncé mettait en valeur nos plantations.

Côté potager, second espace

seconde partie du potager bio
Les œillets d’Inde et le basilic, plantés à proximité des tomates, les protègent de nombreux ravageurs.

Très inégal et envahi par les herbes indésirables, le terrain jouxtant la cabane de jardin n’avait pas encore d’affectation. Fallait-il le nettoyer, l’aplanir et semer de la pelouse où l’utiliser pour un autre objectif ? Nous avons choisi de le transformer en potager.

Situé dans la limite basse du jardin, à quelques mètres de la première partie du potager, il convenait parfaitement pour compléter celle-ci. Il était en plus idéalement placé, bien ensoleillé, pour accueillir les légumes spécifiques de l’été : tomates, haricots verts,  poivrons, aubergines et melons.

seconde partie du potager
Seuls la bouillie bordelaise et le purin de prêles, tous les deux autorisés en jardinage bio, sont utilisés pour le traitement des tomates.

Mais il exigeait un gros travail de préparation pour éliminer le chiendent, égaliser le terrain, d’autant plus que nous avions déposé sur cette partie, racines en l’air,  les mottes de chiendent que nous avions retirées ailleurs.

Force était d’attendre qu’elles soient bien sèche pour les secouer et récupérer la terre  avant de les jeter sur le tas de compost. Nous avons ensuite ajouté de gros sacs de compost végétal entre les semis et les plantations pour enrichir cette parcelle, très variable en qualité de sol. Relativement riche d’un côté, celui-ci ne se composait quasiment que de sable à l’autre extrémité.

Débuts difficiles pour la haie variée

géotextile chiendent
Les racines du chiendent ont perforé le géotextile.

Le long de la route, nous avions décidé de planter un premier rangs d’arbustes à feuillage persistant pour masquer le mur de parpaings. Positionnés dans des trous, faits directement dans le “gazon”, les arbustes peinaient à se développer. De plus, cette disposition imposait l’emploi d’une débroussailleuse à fil, à chaque tonte, pour éliminer les herbes se trouvant entre les arbustes et le mur. Avec Julie, nous avions pensé nous affranchir de cette corvée en installant un géotextile.

A peine deux mois plus tard, il fallait se rendre à l’évidence. Le chiendent ne renoncerait pas aussi facilement à ses prérogatives sur ce territoire. Il avait réussi à percer le géotextile et développait de longues racines blanches, qui lui permettait de sortir à l’air libre et de s’y épanouir, d’autant mieux qu’il était nourri par les résidus de tonte que nous avions déposé sur le géotextile !…

haie vive compost végétal
Utilisé en paillis, le compost limite l’évaporation.

Nous avons du tirer sur ce dernier, comme des forcenés, pour l’extraire de sa gangue de chiendent et travailler ensuite d’arrache-pied pour éliminer les longues racines qui courraient sur la plate bande. Le travail était d’autant plus difficile que la demi-lune refusait de s’enfoncer dans la terre rocailleuse.

développement des pieds de vigne
Les cailloux, entassés aux pieds des vignes, emmagasinent la chaleur le jour et la restituent la nuit.

L’espace ainsi nettoyé, nous avons déversé quatre gros sacs de compost végétal entre les arbustes, espérant que celui-ci contiendrait un peu la pousse de l’herbe, nourrirait les plantations et protégerait la terre des pluies orageuses.

Quelques semaines plus tard, ne demeuraient plus sur le sol que quelques morceaux un peu moins composté et les racines de chiendent, cassées à l’arrachage, donnaient de nouveaux brins d’herbe.

Quant aux arbustes, freinés dans leur développement printanier par la présence de l’herbe, ils refusaient de pousser en pleine chaleur estivale.

Nous avons procédé de la même façon pour dégager les vignes, aux pieds desquels nous avons déposé les cailloux ramassés dans le potager. Elles ont, par contre, visiblement apprécier notre travail.

Alors que nous n’avions planté en décembre que des sarments sans racines, les pieds atteignent déjà plus de 50 cm et les jeunes pousses tentent de s’accrocher à un support imaginaire, qu’il va nous falloir échafauder…

Habillage des fenêtres et de la  terrasse

Arrosage plante hautes fenêtres
Lorsque les fenêtres sont un peu difficiles d’accès, mieux vaut opter pour des plantes nécessitant peu d’arrosages.

Cette première expérience nous a appris ce qu’il valait mieux éviter de faire !

Implanter la bonne plante au bon endroit ne tombe pas toujours sous le sens…

Installer des plantes nécessitant un arrosage quotidien sur le rebord de fenestrons placés à une hauteur nécessitant l’emploi d’un escabeau à chaque arrosage ou de grimper sur le canapé, lorsqu’on s’avise d’effectuer l’opération par l’intérieur du salon.

Potées de fleurs en terrasse risque de tâches
Les pétales des géraniums tombent sur les pierres de la terrasse, obligent à un lavage régulier, au jet d’eau.

Positionner de jolies potées de géraniums lierre au dessus d’une surface minérale.

Les pétales, qui tombent au sol exigent un balayage quotidien accompagné d’un nettoyage au jet d’eau pour  éviter que la belle couleur carmin des fleurs ne s’incruste dans les pierres de la terrasse.

Nous avons par contre trouvé l’emplacement idéal pour l’hibiscus qui avait partiellement gelé l’hiver dernier.Rempoté dans un contenant plus grand, il trône fièrement en bas de la terrasse.  Exposé plein sud, il est ainsi protégé des rayons solaires ravageurs de l’ouest et de la tramontane qui malmène les plantes les plus fragiles. Seule ombre à son programme, la taille de cet hibiscus. Faite en fonction des branches endommagées par le gel, elle nécessitera un sérieux travail de rééquilibrage à la prochaine coupe…

Il reste encore beaucoup de travail à réaliser pour mettre notre jardin de l’Olivier en adéquation avec le plan concocté avec Julie. Mais lorsque nous avons commencé, nous n’espérions pas aller aussi loin dès la première année. Ce premier résultat est plutôt encourageant.

 

 

Secotine

Journaliste-écrivain témoin attentive des palpitations du monde.