Le Nicaragua, un pays d’eau et de feu

Nous avions découvert un pays libre, qui semblait avoir retrouvé le chemin de la paix.  C’est dans ce contexte que nous vous présentons le Nicaragua, sans oublier toutefois la politique et ses aléas.

Volcan sur Omepete
Volcan sur l’île Omepete au cœur du lac Cocobolca.

Même si tout n’était pas parfait, le Nicaragua était considéré, depuis la fin de la guerre civile, comme l’un des pays les moins violents d’Amérique latine. Malheureusement, depuis ce printemps, la répression des manifestants, qui réclament le départ du président Ortega, se fait dans la violence et on compte déjà plus de 300 victimes.

On dit que l’eau éteint le feu mais à l’instar de cette terre volcanique encastrée entre deux océans, les tempéraments fiers et expansifs des Nicas bouillonnent facilement sous le couvert d’idées politiques divergentes et d’une économie déliquescente.

C’est pourtant un pays magnifique et très hospitalier, que nous avons parcouru en temps de paix.  Alors, oublions un instant la politique pour découvrir le Nicaragua tel que nous avons pu l’apprécier.

Une géographie insolite qui invite à la découverte

"Volcan Masaya Nicaragua"
Parc national de Masaya.

Entre la mer des Caraïbes à l’Est et le Pacifique à l’Ouest, le Nicaragua se caractérise par un intérieur explosif. Sur les vingt-six volcans recensés, neuf sont encore en activité. Certains, tels le Masaya, dégagent d’impressionnantes fumerolles. D’autres accueillent de belles lagunes endormies, aux couleurs presque irréelles.

Nous avons abordé le Nicaragua par le Nord, en partant de San Miguel, au Salvador. Entre ces deux pays il faut traverser, sur une centaine de kilomètres, la pointe ouest du Honduras. Sur ces terres arides, les quelques animaux rencontrés, des vaches maigrelettes et des chèvres, peinent à trouver leur nourriture.

C’est une région particulièrement pauvre, où apparaissent à quelques encablures de la panaméricaine, des masures en adobe ou en briques de terre cuite. Mieux vaut « passer son chemin », la région est considérée comme l’une des plus dangereuses du Honduras !

"Entrée au Nicaragua"
Le paysage est plus verdoyant et vallonné.

Le passage de la frontière entre le Honduras et le Nicaragua ne pose aucun problème, en dehors de quelques paperasseries administratives supplémentaires pour Eliot, notre petit compagnon à quatre pattes. Les douaniers ne fournissent qu’un seul document à compléter alors qu’ils en veulent trois exemplaires. C’est une manière comme une autre de faire travailler le commerçant d’à côté, qui fait les photocopies. La photocopieuse se trouve pourtant à moins d’un mètre de l’employé des douanes ! Nous pestons un peu contre cette administration flegmatique mais nous allons faire ce qu’ils nous demandent chez le commerçant désigné. Cela ne vaut pas la peine de palabrer.

Changement de décor de l’autre côté de la frontière. Le paysage du Nicaragua est vallonné et de fait beaucoup plus agréable, même si la végétation est toujours un peu rabougrie.

"Réserve de Miraflor"
Des zones de pâturage dans un lieu étrange.

Nous poursuivons notre route sur la panaméricaine jusqu’à Somotu, puis en direction d’Esteli, jusqu’à Santa Adélaide. Dans ce village animé, de nombreux bus  partent vers les villages en empruntant la plupart du temps des pistes caillouteuses et poussiéreuses. Celle que nous prenons passe devant l’usine à cigares et ses séchoirs, où sont suspendues les feuilles de tabacs, récoltées à la main, dans les champs de la région.

Cette piste donne  l’impression de s’éloigner de la civilisation et d’être au bout du monde, loin de toute zone habitée. Mais que neni ! Cette voie est utilisée par des cavaliers à cheval, des jeunes qui circulent sur des  motos de faibles cylindrées et les bus qui emmènent les femmes au marché, les enfants à l’école… Leurs horaires étant élastiques, il faut juste avoir la patience de les attendre.

Trois types de végétation se succèdent en l’espace d’une trentaine de kilomètres : une savane et une forêt tropicale sèche avant d’arriver dans la forêt de nuages. Quel contraste entre ces trois zones, qui constituent la Réserve naturelle de Miraflor, un parc classé depuis 1990. S’étendant sur plus de 206 km2, c’est un lieu extrêmement riche et d’une grande diversité au niveau de la faune et de la flore.

"Arbres forêt tropicale Miraflor"
Dépourvus de feuilles, les arbres dressent leurs silhouettes fantasmagoriques.

La Réserve héberge quelques 200 variétés d’orchidées dont la Catteleya Skinniri  (la fleur nationale du Costa Rica) et plus de 236 espèces d’oiseaux dont le toucan, le toucanet émeraude, le quetzal et le guardabarranco, l’oiseau national du Nicaragua.

Le plus surprenant, c’est la forêt sèche avec ses arbres qui dressent leurs silhouettes fantasmagoriques au milieu de champs, parsemés de blocs de pierres.  Ils sont dépourvus de feuille mais couverts d’étranges filaments, qui leur donnent une allure qui conviendrait tout à fait dans un film de science fiction. Des murets de pierres délimitent des zones d’herbage où pâturent quelques animaux.

Mais, Miraflor est plus qu’une simple réserve dédiée à la nature. C’est aussi une zone habitée par des agriculteurs, qui élèvent du bétail et cultivent la terre en respectant la nature.

Pas de tourisme de masse ici mais des petites structures d’hébergement implantées dans les communautés agricoles. Parfois très simples et rustiques, parfois plus originales et confortables, elles  immergent les visiteurs dans la vie locale, sans dégrader cette belle mais singulière nature.

Neblina del Bosquet, la magie d’un lieu enchanté

"Neblina del Bosquet"
Des constructions originales et bien intégrées dans le paysage.

Le paysage change radicalement  dans la forêt des Nuages, où se trouvent des plantations de café. Fringante, la végétation se décline dans un dégradé de verts.

Nous avons trouvé notre petit paradis à environ 30 km d’Esteli, à plus de 1400 mètres d’altitude. La finca Neblina del Bosquet se démarque des autres communautés d’accueil, par de coquets cabañas disséminés dans la végétation. Nous avions le choix entre des cases de bambous, une construction hexagonale peinte de motifs naïfs ou un éco-dortoir en forme de dôme.

Nous avons opté pour le niveau le plus haut d’une construction hexagonale. Bâti en surplomb de la propriété et pourvu d’un balcon, cette bâtisse originale nous offrait une vue panoramique sur la végétation environnante.

"Case hexagonale"
Notre case est en partie dissimulée dans la végétation du jardin.

Dans les cabañas et sous la palapa-restaurant, les communications téléphoniques sont inexistantes. Il faut parcourir quelques centaines de mètres sur la piste et grimper sur un promontoire pour capter un semblant de réseau téléphonique.

Pas  internet non plus, évidemment ! Mais quel bonheur  de respirer cette nature à pleins poumons, en écoutant le chant des oiseaux. L’aménagement du jardin et la tranquillité des lieux leur offre un bel havre de paix et ils se laissent facilement approcher.

Nous parcourons chaque matin, la centaine de mètres qui séparent notre cabaña de la palapa où sont servis  les repas, en observant cette petite faune qui s’active dès l’aube, au cœur du luxuriant jardin.

Ses créateurs ont mélangé avec succès  les végétaux productifs (bananiers, caféiers, maracujas) et les fleurs (dahlias, hortensias, hibiscus…).

"Végétation Neblina del Bosquet"
A 1400 mètres d’altitude, la végétation est luxuriante.

L’altitude va de pair avec une agréable température, qui convient autant pour les cultures de plantes typiquement tropicales que pour les végétaux que nous trouvons sous les latitudes tempérées de la vieille Europe. Tout pousse ici !

Les couleurs du temps sont en harmonie avec le nom de la finca « Neblina del bosquet » qui signifie « le brouillard de la forêt ». Tous les matins, au lever du jour, une brume installe son voile, comme un cocon protecteur. Elle se dissipe vers 8 heures pour laisser place à un ciel d’un bleu resplendissant.

Dans cet endroit isolé et pourtant grouillant de présences, la vie se déroule sans heurt. Les hommes discutent sous la palapa, les jeunes se retrouvent à l’arrêt de bus ou se baladent sur la piste. Chacun vaque à ses occupations, sans stress. Même s’ils ne sont pas très fortunés, le niveau de vie des nicaraguayens est nettement supérieur à celui des Honduriens. Les campesitos produisent de la viande et des légumes bio.

"Eliot et la Tervuren"
Eliot a trouvé une amie.

Chacun y trouve son compte. Même notre petit bichon maltais de 2,7 kg se sent en osmose avec le lieu. Confiant dans son charme, il séduit une Tervuren, quasiment vingt fois plus grosse que lui.

La finca est tenu par Isabelle, une allemande, installée au Nicaragua depuis une douzaine d’années et des indigènes qui forment une petite communauté. Ses études commerciales l’ont certes aidée à développer et à promouvoir cette finca mais l’endroit exige d’être multiservices. Isabelle donne aussi des cours aux jeunes enfants et supervise le bon fonctionnement du restaurant.

C’est fou comme l’on se sent mieux après quelques jours passés dans ce milieu naturel et hospitalier. Nous quittons à regret cet environnement. Sur la piste, nous embarquons une jeune auto-stoppeuse d’une dizaine d’années et sa maman, que nous déposons à la station de bus d’Esteli. Dans des lieux comme celui-là, l’entraide est naturelle.

León, une ambiance séduisante et animée

"Moyens de transport multiples au Nicaragua"
Voitures à moteur ou à cheval, vélos, tricycles, tous circulent dans la ville et sur les routes.

Nous roulons de nouveau sur la mythique panaméricaine pendant quelques dizaines de kilomètres avant de tourner à droite, en direction de León , qui fut la capitale du Nicaragua jusqu’en 1851. Une route flambant neuve déroule son tapis d’asphalte sur de grandes lignes droites.

Il fait chaud et sec mais la vie est omniprésente. Des troupeaux  pâturent en liberté sur la bande herbeuse jouxtant la route. Celle-ci  n’est pas à l’usage exclusif des automobilistes. On s’y déplace aussi à cheval, à pieds, en tricycle collectif…

Peu avant León, nous sommes contrôlés par des policiers, qui vérifient nos papiers et ceux de notre véhicule, immatriculé au Guatemala. Simple contrôle de routine, c’est le seul barrage policier que nous rencontrerons au Nicaragua.

"Maison époque coloniale"
Nostalgie d’une époque coloniale.

León nous apparaît comme une charmante ville coloniale. Les façades de ses petites maisons colorées, alignées le long des rues à angle droit, exigeraient certes d’être rénovées mais dans leur authenticité un peu décrépie, elles n’en sont que plus attachantes.

L’histoire de cette ville va de pair avec celle des éruptions volcaniques. Cependant, pour les Nicas, « León peut être abattue mais jamais vaincue ».

Bien qu’elle ait perdu son statut officiel de capitale, León s’affirme bel et bien comme la capitale libérale du pays, en opposition à la très touristique et très conservatrice Granada, l’éternelle rivale.

"Eglise de la Recolacion"
La Recolacion

C’est une ville universitaire particulièrement animée, où Tomas Ruiz et Miguel Larreynaga, les deux héros de l’indépendance nationale, trouvèrent un terrain fertile pour leurs idées.

C’est aussi la ville où la révolution sandiniste établit son gouvernement provisoire le 18 juillet 1979, la veille de la prise de Managua. L’art et la culture s’y inscrivent en lettres de noblesse, y compris sur les murs, où on trouve des fresques évoquant la révolution.

De son passé colonial, elle conserve un riche patrimoine religieux avec pas moins de seize églises dont la Merced où se mêlent les styles néoclassique, baroque et colonial. Bien qu’elle soit la plus imposante, la cathédrale n’est pas la plus intéressante.

D’autres bâtiments religieux présentent plus de charme et d’intérêt. C’est le cas notamment de l’église de la Recoleccion. Construite au XVIIIème siècle, dans un style baroque mexicain, elle possède sur sa façade, de superbes bas-reliefs évoquant la Passion du Christ.

Flor de Sarta, la réussite d’un expatrié français

"le patio de Flor de Sarta"
Le patio de Flor de Sarta

Nous cherchions une posada ou un hôtel acceptant notre petit bichon maltais. C’est en fonction de ce critère que nous avons découvert Flor de Sarta, un charmant hôtel tenu par un français…

En France, Benjamin travaillait pour un laboratoire pharmaceutique. C’était un bosseur, qui parcourrait 16 000 km par mois, jusqu’au jour où des problèmes de santé l’obligèrent à s’arrêter. Après quatre mois d’arrêt de travail, il est licencié pour faute professionnelle. C’en est trop ! Il fait une croix sur ce salariat de forcené. Il veut créer sa propre entreprise mais la France ne lui offre pas d’opportunité.

Sur les conseils d’un ami, il part au Nicaragua avec son épouse. Dix jours, c’est tout ce qu’il leur faudra pour visiter d’abord Granada la touristique et s’apercevoir que León est si vivante et conviviale, qu’ils ont envie de s’y établir.

"le salon Flor de Sarta"
Le salon de Flor de Sarta

Ils acquièrent une ancienne demeure coloniale, dans le cœur historique de la ville. Derrière la discrète façade, l’aménagement met en valeur le caractère de la bâtisse tout en la dotant des avantages d’un confort moderne. D’un excellent niveau esthétique, l’ensemble est chaleureux et très agréable à vivre.

C’est aussi l’endroit idéal pour un animal en perdition…. Pour preuve, il a été adopté par une ravissante poule nommée, non sans humour « Coq au vin ».

A l’origine, Benjamin recherchait de bons poulets, élevés en plein air, pour sa consommation personnelle. Mais quand la poule est arrivée à l’hôtel, il l‘a trouvé trop belle pour la passer à la casserole !…

Depuis, elle déambule en toute liberté, entre le garage et le patio, où elle surprend autant qu’elle amuse les clients de l’hôtel.

La lagune d’Apoyo, un lac au cœur d’un cratère

"Aeropuerto 79"
Aeropuerto 79, un lieu chargé d’histoire et un décor original.

Nous ne sommes pas de grands amateurs de capitales. Nous préférons largement aller au cœur des villes moyennes et des villages et dans des coins isolés à la rencontre des habitants, là où la faune, la flore et les paysages nous apportent plus que les rues encombrées et polluées des grandes villes.

De fait, nous avons parcouru les 140 kilomètres qui séparent León de la lagune d’Apoyo quasiment d’un trait, nous octroyant une simple halte-déjeuner, entre Masaya et Granada, au lieu-dit, le carrefour de Flores. Le restaurant Aeropuerto 79, sis en ce lieu, est suffisamment atypique pour être mentionné. Il est à l’emplacement d’un ancien dépôt sandiniste, auprès duquel une avionnette s’est écrasée durant la guerre civile. Les serveurs sont aux petits soins, la décoration originale et l’ambiance agréable.

Il ne nous restait plus que quelques kilomètres à parcourir pour arriver à la casa Aromansse, la posada où nous voulions séjourner. Mais les pistes se ressemblent toutes et nous avons du faire demi-tour avant de trouver celle qui nous conduisait à bon terme, au bord du lac.

La casa Aromansse est située dans un lieu paisible. Elle est tenue par un français expatrié d’abord au Canada puis au Nicaragua. Elle ne compte que cinq chambres, avec vue sur la lagune et on peut y suivre des cours de yoga. L’endroit  est plaisant, seul Eliot, notre bichon maltais est inquiet. Ressent-il la détresse du chien du propriétaire, qui s’est fait mordre par un scorpion ou se laisse t-il perturber par les bruits des animaux de la forêt ?

"La lagune d'Apoyo. "
La lagune d’Apoyo.

Dans cette nature exubérante, les animaux sauvages sont dans leur domaine et les hommes des intrus. C’est un endroit merveilleux pour se reposer et découvrir la nature. Même s’ils nous réveillent de bon matin, on ne se lasse pas d’entendre les singes-hurleurs. Mais, les repérer au milieu de la végétation est quasiment impossible pour un œil non averti.

Injustement nommé « lagune »,  le lac d’Apoyo est né à la suite d’une explosion volcanique, il y a environ 21000 ans. Il s’étend sur 34 km2 avec une profondeur maximale estimée à 176 mètres. L’eau avoisine les 27° C et elle est légèrement salée.

Classé en réserve naturelle depuis 1991, le lac est entouré d’un écosystème riche, composé de plus de 200 espèces d’oiseaux, plus de 500 espèces de plantes et d’arbres tropicaux, 220 espèces de papillons et des dizaines de mollusques. Même le basalte, utilisé par les indigènes pour fabriquer des statues, provient de ce cratère.

Masaya, une ville, un lac et un volcan

"San-Jerónimo"
San-Jerónimo

Nous sommes à quasiment égale distance de Granada, des Pueblos Blancos et de Masaya. La lagune d’Apoyo est l’endroit rêvé pour se poser et visiter ensuite, ces lieux en toute tranquillité.

Masaya est classée « patrimoine culturel de la nation » depuis 1989 et « capitale du folklore national » depuis 2000. Elle s’est développée en bordure du lac et du volcan éponymes. Plus authentique que sa voisine Granada, la ville est réputée pour son marché artisanal et son patrimoine folklorique, lié à la religiosité de ses habitants.

"Toro Venado"
Toro Venado

Parmi les fêtes importantes, nous retiendrons notamment celles de la San Jéronimo, qui débutent fin septembre et se poursuivent tous les week-ends d’octobre et de novembre.

La tradition raconte qu’on vit errer ce saint, au cours des guerres de 1856, 1912 et 1979. Il secourait les victimes et aidait les misérables. La fête est célèbre pour ses danses rituelles, ses comilonas (plats locaux servis gratuitement) et la chicha de coyol, une boisson réalisée à partir de la sève d’un palmier.

Autre curiosité locale, la romeria, est une sorte de pèlerinage célébrant la parabole de saint Lazare. Les propriétaires d’animaux (majoritairement des chiens) arrivent à l’église avec leur animal déguisé.

A voir également, El toro Venado, une fête qui met en scène la résistance des indigènes contre l’esclavage imposé par les conquistadors espagnols. Pour ce, ils endossent des masques  représentant des animaux. Le taureau représente la force brutale de l’envahisseur. Le cerf symbolise l’indigène dégourdi, qui tente de survivre…

Pas de marché mais des hamacs

"Marché au fruits"
Au bonheur pour les sens.

Nous avions décidé de prospecter un peu, au vieux marché de Masaya, sans but précis, en laissant la part belle au hasard. Mais l’inattendu ne nous a guère été favorable. Au lieu d’aller au marché, nous avons visité la pharmacie locale et « el centro de salud ».

En passant une clôture, je me suis enfoncé dans le pied un barbelé bien rouillé, caché dans l’herbe. Nous pensions acheter un vaccin antitétanique et filer ensuite chez le médecin.

Mais la pharmacie ne vend pas de vaccin, il faut aller directement dans une sorte de dispensaire où surprise, les soins sont gratuits, y compris pour les étrangers que nous sommes. Evidemment, lorsque nous sortons du dispensaire, il est trop tard pour le marché !

Finalement, sur les conseils du propriétaire de la posada, nous allons voir une vieille nicaraguayenne, qui fabrique de splendides hamacs traditionnels. Nous trouvons l’objet de nos désirs, un magnifique hamac couleur soleil  mais une question nous taraude. Cet artisanat local, qui fait vivre toute une population, va-t-il perdurer ?

Réputée pour la beauté et la qualité de ses hamacs, la vieille femme a été contacté par des chinois, auxquels elle fournit ses plus beaux spécimens. Nous savons malheureusement que lorsque les représentants du pays du Soleil Levant se donnent la peine d’acheter des produits typiquement locaux, c’est pour les reproduire et inonder ensuite le marché.

Un impressionnant complexe volcanique

"Le Santiago, parc national de Masaya"
Le volcan Santiago, parc national de Masaya.

Situé au nord de la ville, le parc national du volcan Masaya s’étend sur 54 km2 et ne compte pas moins de 20 km de sentiers, au milieu de paysages sauvages et quasi-surnaturels.

En ces lieux, il n’y avait autrefois qu’un seul volcan qui aurait explosé en 4550 ans avant Jésus Christ. Les indigènes l’appelaient le Popogatepe, qui signifie « la montagne ardente », tandis que les conquistadors, effrayés par toutes les légendes indigènes attenantes au volcan, le surnommait « la Bouche de l’Enfer ».  On raconte que le père Francisco de Bobadilla fit ériger, au XVIème siècle, une croix qui porte son nom. Placée au bord d’un cratère, elle pouvait être touchée pour conjurer les démons et exorciser les mauvais esprits. Aujourd’hui, on peut juste la contempler.

Seul le cratère Santiago est encore actif. Il crache en permanence un panache de dioxyde de souffre, qui masque le lac de lave situé au-dessous et dont on ne peut voir l’incandescence que la nuit. Poussé par le vent, vers la côte Pacifique, le dioxyde de souffre rend le sol stérile et la zone impropre à la vie.

"Parc Masaya"
Difficile de vivre dans un tel environnement et pourtant !…

Bien qu’il soit théoriquement interdit d’y habiter, de malheureux Nicas y ont construit des abris de fortune, faute de ressources suffisantes. La dernière facétie du volcan date d’avril 2012, quand le cratère a expulsé des matériaux incandescents, qui ont provoqué un incendie sur 1,5 hectares et la fermeture provisoire du parc.

Dans ce décor surréaliste, on se laisse aisément fasciné par la beauté hypnotique des paysages, la faune et la flore, assez singulières. Pendant la saison sèche, on peut y voir de nombreuses orchidées et  la fleur nationale du Nicaragua – celle du frangipanier (Plumeria rubra). Mais le plus surprenant, ce sont les chocoyos, des petits perroquets verts, qui nichent sur les parois du cratère, malgré les gaz toxiques. Ils se protègent ainsi des prédateurs naturels : des chats sauvages ou de ces vautours noirs, qui tournoient au-dessus de nos têtes, tels des oiseaux de mauvais augure !

On peut se rendre dans le parc en voiture jusqu’au parking situé à côté du cratère. Mais, il est conseillé de stationner dans le sens du départ, de façon à filer rapidement en cas de saute d’humeur du volcan. Dans tous les cas, mieux vaut ne pas rester plus de quinze minutes à proximité du cratère et des gaz toxiques qui s’en échappent.

Granada, la « Grande Sultane »

"Granada la flamboyante"
Granada la flamboyante.

Fondée en 1524, Granada est située sur la côte ouest du lac Nicaragua, un lieu stratégique sur le passage qui relie l’Atlantique au Pacifique.  De fait, son histoire fut, de tout temps, tourmentée. Après la destruction de León, par un tremblement de terre, au début du XVIIème siècle, elle devint la seule capitale régionale.

A l’époque, elle possédait déjà un port de première importance et ses richesses séduisaient les pirates et les corsaires de toute nationalité (français, anglais, hollandais). La ville fut pillée maintes fois, tant elle excitait les imaginations. En 1633, le dominicain Thomas Cage la comparait au « paradis de Mahomet » en référence à son ambiance, son opulence et ses mœurs légères.

A cause de ses bâtiments de style andalou-mauresque, elle fut aussi surnommée « la Grande Sultane » par l’écrivain espagnol Baroesa de Wilson. Malgré les affrontements avec le gouvernement mexicain en 1823, les troupes nord-américaines, un incendie qui la détruisit en 1856 et les guerres civiles, Granada sut se moderniser en installant l’éclairage public dès 1872, le télégraphe en 1875, le téléphone en 1879, l’eau potable en 1880…

"Granada la touristique"
Une ville tournée vers le tourisme.

Déclarée patrimoine historique et culturel du Nicaragua, elle continue de séduire les promeneurs éblouis par la beauté de ses façades coloniales, bien que le centre-ville souffre de quelques verrues contemporaines, qui dénaturent un peu l’harmonie générale.  Les petites rues adjacentes sont plus colorées et populaires.

Séduit par le charme colonial de l’hôtel Plaza Colon, nous nous sommes installés confortablement, face à son patio central d’où émanait une bienfaisante fraîcheur. Malgré un confort très contemporain, la décoration et le mobilier font la part belle au passé et au standard local qui veut que toute demeure digne de ce nom, mette à disposition des hôtes quelques beaux rocking-chairs de fabrication locale. Des petits mobiliers de couleurs sombres et de grands vases de fleurs tropicales créent une ambiance décontractée, qui incite au farniente et à la rêverie.

Mais nous avons encore beaucoup à voir. Nous donnons 10 Cordobas au jeune homme qui surveillait notre véhicule, en dormant à côté, tant il est vrai, qu’au cœur de la ville, celui-ci ne craignait pas grand-chose !

Los Pueblos Blancos, des villages d’artisans

"Céramique en argile de San Juan de Oriente. "
Céramique en argile de San Juan de Oriente.

Au sud de Masaya, les « Villages blancs » sont ainsi nommés à cause du badigeon employé sur les façades des maisons :  le carburo, un mélange d’eau et de chaux.

Chaque village possède ses traditions artisanales. Catarina est réputé pour ses horticulteurs. San Juan de Oriente pour ses céramiques en argile, un art qui remonte aux temps précolombiens. Le village était autrefois peuplé par les Chorotegas. De nombreuses petites boutiques bordent la rue. Certaines productions sont très similaires, stéréotypées mais d’autres valent vraiment que l’on s’y attarde.

"Rocking-chairs, Pueblos blanco"
Magnifique mais chers rocking-chairs.

A l’entrée de ce village, Mi Viejo Ranchito nous a séduit à l’heure du déjeuner. Un peu à l’écart de la route, on y déguste une cuisine locale, typique du pays en écoutant chanter quelque barde. Celui du jour nous interprète à la guitare, une complainte révolutionnaire. Il chante avec le cœur, l’espoir et les désillusions de son peuple. Son chant est à la fois poignant et plein d’espoir.

Les somptueux rocking-chairs, dont nous apprécions tant le confort, sont fabriqués à Masatepe. Dommage qu’ils ne rentrent pas dans nos bagages… Mais c’est finalement sans regret, lorsqu’on demande le prix. Ils sont certes très beaux mais également très chers. Les exportations ont déclenché une véritable inflation.

Dans les Pueblos Blancos sont nés de grandes figures du pays : le héros national Augusto C. Sandino à Niquinohomo et le dictateur Anastacio Somoza Garcia à San Marcos.

Célèbre pour son café, San Marcos est agréable à vivre en raison de l’altitude et d’un climat frais.  C’est là que s’installent les riches Nicaraguayens.

A notre retour sur la lagune d’Apoyo, la fée électrique s’en est allée. Un arbre est tombé sur la ligne qui ne sera réparée que vers 21 heures. Les incidents de ce type sont fréquents dans ce pays. Pour nous cela importe peu,  ce soir nous dînerons aux chandelles. Mais pour les nicaraguayens, qui voient leur facture d’électricité augmenter régulièrement, il y a comme un raz-le-bol dans l’air !

Au cœur du lac Nicaragua

"Izuzu Trooper"
Idéale pour les pistes, notre vieille Izuzu Trooper.

De bon matin, nous reprenons la route en direction de Rivas puis de San Jorge où nous embarquons sur un ferry d’un autre âge, pour l’île Ometepe. Un vent soutenu et une houle courte agitent le lac.

Fait exceptionnel, le lac Nicaragua abrite des animaux qui vivent normalement dans les océans, tels que les tarpons, les espadons et les requins bouledogues.

Appelé aussi Cocobolca, qui signifie « Lieu du grand serpent » en nahuati, le lac couvre une superficie de 8264 km2. C’est l’un des plus grands lacs d’eau douce au monde. Mais il est peu profond, 18 mètres en son centre, 60 au sud-est d’Ometepe.

Il est relié à la mer des Caraïbes par le fleuve San Juan et si proche du Pacifique que l’on peut voir ce dernier du sommet de l’île Ometepe. L’isthme de Rivas, qui le sépare de l’océan ne fait que 20 kilomètres de large.

"Plage Ometepe"
L’impression d’être seuls au monde !

Cette proximité avec l’océan fait  qu’il a été convoité dès le 19ème siècle pour le percement d’un canal reliant la mer des Caraïbes et l’océan Pacifique. L’idée fait long feu malgré l’importance des travaux. Un second projet, lancé en 2003, a été recalé pour son coût prohibitif.

Diligenté par un groupe chinois, le dernier date de 2013. Il avait reçu l’aval du gouvernement nicaraguayen d’Ortega, mais estimé à 40 milliards de dollars, il a été mis en doute par de nombreux experts de l’environnement, du tourisme et des ressources naturelles.

Creuser un canal revient à faire une croix sur l’activité touristique d’Ometepe et sur cette eau douce, indispensable pour alimenter le pays en eau potable et pour l’irrigation.

De plus, à l’instar du canal de Panama, où le brassage des eaux douce et salée engendre des dégâts irréversibles sur la faune et la flore, ce projet nuirait gravement à l’écosystème particulier de ce lac.

Ometepe, l’île aux deux volcans

"Ometepe lac Nicaragua"
Baignée par les eaux agitées du lac mais à l’abri des conflits politiques.

En nahuati, Ometepe signifie « deux montagnes ». En forme de huit, la plus grande île lacustre de la planète est dominée par deux volcans reliés par un isthme. Concepcion, le volcan actif se trouve dans le nord de l’île, il culmine à 1610 mètres. Son ascension est déconseillé aux débutants.

Madera, le volcan éteint est situé dans le sud de l’île. Culminant à 1394 mètres, il est privilégié par les amateurs de randonnée. Il offre de belles perspectives d’escapades dans sa forêt de nuages, jusqu’aux cascades San Ramon ou, pour les plus aguerris, jusqu’au lac situé au cœur de son cratère.

Nous abordons l’île dans le petit port de Moyogalpa où nous prenons le temps de déjeuner avant de rejoindre notre hébergement qui se trouve playa Santo Domingo, de l’autre côté de l’île, sur l’isthme reliant les deux volcans.

"Ometepe la rurale"
Peu de tracteurs mais des méthodes de travail ancestrales.

Nous sommes immédiatement séduits par ses paysages authentiques, ses troupeaux qui ralentissent la circulation, guidés par des rancheros que rien ne semble perturber. Sur Ometepe, les activités rurales sont encore majoritaires.

Le tourisme n’a pas rompu le charme de cette île paisible où tous les loisirs proposés sont en rapport avec la nature. On peut s’y baigner, faire de l’équitation, de la randonnée, du vélo, du kayak, se reposer ou lire bien calé au fond d’un hamac.

A l’écart des affaires politiques, des dictatures et des révolutions, ses habitants bénéficient d’une relative quiétude. Nous avons beaucoup apprécié la partie où se trouve le Madera. Il est aisé d’en faire le tour par une piste et d’aller à la rencontre des communautés indigènes. Dans les villages, chaque jardin est égayé de bougainvilliers. Construites en briques, les maisonnettes sont recouvertes de tuiles et leurs abords sont souvent abondamment fleuris.

La vie s’écoule ici au ralenti, au rythme des troupeaux que les campesitos conduisent aux champs. Ni riches, ni pauvres les habitants cultivent les bananes, le riz, des haricots. Ces activités de subsistance leur permettent de vivre loin des bouillonnements idéologiques qui agitent régulièrement la vie des Nicas, vivant sur le continent.

Des clefs pour comprendre la situation politique

Des empreintes dans la boue volcanique des Huellas de Acahualinca, près de Managua, laissent supposer que les premiers habitants paléoindiens occupaient le territoire 6000 ans avant Jésus Christ. Les migrations en provenance de l’Asie (par le détroit de Bering au Nord) ou de Polynésie (par l’Amérique du Sud) firent de l’Amérique centrale un lieu de passage important.

Sous la coupe des conquistadors

Au moment de l’arrivée des conquistadors au début du 16ème siècle, plusieurs groupes amérindiens se partagent le pays. A proximité de la côte Pacifique on trouve les Niquiranos, qui occupent l’actuel site de Rivas et les Chorotegas venus vraisemblablement du Mexique. En provenance de Basse-Californie, les Maribios étaient installés au nord-ouest. Dans les régions centrales, se trouvaient les Matagalpas, les Lencas et les Chontales. Enfin, la côte Caraîbes étaient partagée entre les Miskitos et les Sumus, probablement originaires de Colombie.

Christophe Colomb fut le premier européen à fouler le sol du Nicaragua en 1502 mais l’invasion de ce pays par les espagnol se fit essentiellement par des expéditions en provenance du Panama. Les conflits, la répression, l’esclavage et les maladies décimèrent les peuples indigènes. Alors que le Nicaragua comptait environ un million d’habitants avant l’arrivée des Espagnols, soixante-dix ans plus tard, on n’en dénombrait plus que dix mille.

En 1543, l’Espagne rattache le pays à la capitainerie générale du Guatemala, elle-même dépendante de la nouvelle Espagne. Les espagnols ont une préférence pour la côte Pacifique plus saine tandis que la côte Atlantique est colonisée par les anglais, à partir du Honduras Britannique, jusqu’au fleuve San Juan. Le pays ne dispose pas d’importantes mines d’or ou d’argent comme le Pérou. Les colons qui restent s’intéressent de fait, essentiellement à l’agriculture et au commerce du cacao, du bois et de l’indigo. La vie s’organise autour des deux villes rivales :  León la capitale qui sera détruite en 1610 par l’éruption du Momotombo puis reconstruite au nord-ouest du site original et Granada.

En route vers l’indépendance

A l’aube du XIXème siècle, des envie d’indépendance agitent l’Amérique centrale. Cela commence au Salvador, en 1811, quand les criollos (créoles descendants d’espagnols et grands propriétaires fonciers) se substituent aux espagnols du gouvernement et réclament l’abolition des taxes douanières pour la production du tabacs et des liqueurs. Les premières révoltes secouent León.

En 1912, lors des Cortès de Cadix, le gouverneur du Nicaragua, aidé par celui du Costa Rica, réussit à imposer une unité administrative distincte du Guatemala pour le Nicaragua et le Costa Rica. Quand en 1821, le Mexique déclare son indépendance, le Guatemala, le Salvador et le Honduras s’associent à l’empire mexicain.

Le Nicaragua et le Costa Rica rejoignent cet éphémère empire, qui se fissure déjà sous la pression des partisans de l’indépendance. Lors d’un congrès au Guatemala, ils fondent les Provinces unies d’Amérique centrale. Basées sur le modèle des Etats-Unis, elles fédèrent, de 1823 à 1838 le Guatemala, le Honduras, le Salvador, le Nicaragua et le Costa Rica. L’ensemble est rebaptisé République fédérale d’Amérique quand la constitution est proclamée, le 22 novembre 1824.

"Augusto Sandino"
Augusto Sandino

Mais au Nicaragua, les distensions entre les éternelles rivales : León la libérale et l’élite conservatrice de Granada  entraînent conspirations et meurtres. En 1838, sous la présidence de José Nuñez, le Nicaragua fait sécession avec la République fédérale d’Amérique, pour devenir un état souverain. Le 12 novembre de la même année, il se donne une constitution. Le pouvoir exécutif est attribué à un Directeur, suprême élu pour deux ans.

Entre 1844 et 1845 le pays est envahi par les forces armées du Salvador et du Honduras, qui saccagent la ville de León. En 1852, la capitale est transférée à Managua pour mettre fin aux rivalités qui opposent León et Granada.

En 1853, l’assemblée constituante adopte une nouvelle constitution qui met fin à la période des “directeurs suprêmes”. Le Nicaragua devient officiellement une république avec un pouvoir exécutif, confié à un président élu pour quatre ans. Mais ces nouvelles dispositions ne mettent pas un terme aux rivalités entre les libéraux et les conservateurs. Dans cette guerre d’influence, les américains et les anglais ne sont pas en reste, mais leur intervention soulève plus de conflits qu’elle n’en apaise.

De guerre en rebellions, les américains finissent par abandonner la partie sous la pression de la guérilla orchestrée par le général Augusto César Sandino mais seulement après avoir créé une garde national chargée d’assurer la protection de leurs intérêts. Satisfait du départ des américains, Sandino accepte de négocier avec le président Sacasa, mais en exigeant la dissolution de la Guardia National, qu’il juge inconstitutionnelle. Le 21 février 1934, il est assassiné, d’une balle dans le dos, lors d’un complot ourdit par Somoza, le chef de la garde nationale. Ce dernier déboute Sacasa et se proclame président, après des élections frauduleuses.

Sous la dictature des Somoza

"Anastasio Somoza Garcia"
Anastasio Somoza Garcia

Débute alors une longue période de plus de quatre décennies, pendant lesquelles le pays va vivre sous  une véritable dictature et être dépouillé de ses richesses. Profitant de la seconde guerre mondiale, la famille Somoza s’empare des biens des colons allemands et acquiert une fortune colossale. Lorsque Anastasio Somoza Garcia est assassiné en 1956, son fils Luiz Somoza Debayle lui succède mais en réalité, c’est son jeune frère, chef de la Garde National qui tient les rênes du pouvoir.

Diplômé de la prestigieuse école militaire  West Point et anticommuniste, il bénéficie naturellement de l’appui des Etats-Unis et ce, d’autant plus que la révolution cubaine est source d’espoir de financement et d’armement pour les révolutionnaire nicaraguayens.

"León peintures révolution"
A León, les peintures murales rappllent que des hommes sont morts pour la démocratie.

En 1961, à la Havane, Carlos Fonseca Amador, Tomas Borge Martinez et Silvio Mavorga forment le FSLN (Frente Sandinista de Liberacion Nacional),  un front d’obédience marxiste mais se réclamant du libéral et légendaire Augusto César Sandino.

Se basant sur le modèle de Fidel Castro, le FSLN se structure progressivement dans les villes, auprès des ouvriers et des étudiants. En 1969, il publie son programme progressiste mais le mouvement est quasiment décimé par la Guardia National. S’ensuit une période de clandestinité jusqu’en 1974. Puis le FSLN se lance dans une guérilla qui va aller en s’intensifiant.

Les frères Somoza répriment l’insurrection mais organisent néanmoins des élections nationales en février 1963. Malgré les promesses et la mort de Luiz Somoza Debayle, le pouvoir reste sous le joug familial.

René Schick Gutiérre, le successeur de Luiz est vite considéré comme un pantin sous la coupe d’Anastasio Somoza Debayle. Celui-ci possède 20% des terres les plus fertiles du pays et il fait travailler les paysans pour des salaires de misère. Sous la pression de la Garde nationale, certains sont même contraints de déménager pour coloniser la forêt tropicale. Il s’agit d’une agriculture intensive, qui utilise massivement les pesticides. En 1968, l’Organisation mondiale de la santé affirme que 17% des décès au Nicaragua seraient dus à la pollution de l’eau.

Le 22 décembre 1972, un violent tremblement de terre détruit les trois quarts de Managua.  Les fonds envoyé par la communauté internationale sont détournés. Un fort sentiment d’hostilité s’empare de la population. Le FSLN séduit de plus en plus. En 1974, le groupe obtient la libération des prisonniers politiques sandinistes, en prenant en otage des partisans du régime.

La révolution des sandinistes

"Pedro Joachin de Chamorro"
Pedro Joachin de Chamorro

Cédant à la pression internationale, la presse retrouve une certaine liberté. Mais quand Pedro Joachim Chamorro, le directeur de la Prensa, le journal d’opposition est assassiné en 1974, l’opposition se regroupe et déclenche une gréve générale, qui paralyse le pays, tandis que l’église complote contre le régime.

En Août 1978, le commandant sandiniste Eden Pastora prend d’assaut le palais présidentiel à Managua. Les sandinistes peuvent enfin diffuser leurs messages à la radio et à la télévision mais, dans les mois qui suivent, la répression est terrible. Le climat social est délétère et la guérilla de plus en plus présente. Au moins 50 000 personnes auraient perdu la vie durant cette période, où la garde nationale bombardait la population civile de Managua.

Au moment de son départ, en 1979, la famille Somoza possédait près de 65% du PIB national. Le président s’enfuit d’abord aux Etats-Unis, le pays qui l’avait soutenu au pouvoir, avant de s’exiler au Paraguay où il est abattu, un an plus tard, par un groupe argentin.

Le 19 juillet 1979, la garde nationale dépose les armes et les troupes sandinistes entrent dans Managua.

"Violeta Barrios de Chamorro"
Violeta Barrios de Chamorro

Une Junte de gouvernement de la reconstruction nationale est constituée. Elle est composée de trois sandinistes dont Daniel Ortega et de deux membres de la société civile, des personnalités de la classe aisée. Cuba et l’URSS endossent le rôle d’alliés, ce qui déplaît fortement aux Etats-Unis. Dès le 25 juillet, 2000 coopérants cubains débarquent au Nicaragua pour aider à la reconstruction économique du pays.

D’inspiration socialiste, le gouvernement nationalise de nombreuses entreprises et entreprend une réforme agraire de façon à répartir plus équitablement les terres, en formant de micro-entreprises ouvrières et coopératives. Une grande campagne d’alphabétisation est lancée. Dans ce pays où 50% de la population ne savait ni lire ni écrire, l’avancée est spectaculaire. En 1990, seulement 15% de la population était encore illettrée.

Moins d’un an plus tard, les deux membres de la société civile démissionnent. Il s’agit de Violeta Barrios de Chamorro (la veuve du directeur de presse assassiné) et d’Alphonso Robelo qui s’opposent à l’orientation marxiste prise par le régime.

A partir de l’arrivée au pouvoir du gouvernement républicain de Reagan, les Etats-Unis suspendent leur aide et financent un mouvement contre-révolutionnaire, les “contras”. Composé majoritairement d’anciens membres de la Guardia National, les contras entament une guérilla qui paralyse le pays. A partir de stations de radio, financées par la CIA et  implantées au Honduras, au Salvador et au Costa Rica, l’oncle Sam engage une guerre psychologique, accusant les sandinistes de kidnapper des enfants pour les envoyer à Cuba et d’organiser une pénurie alimentaire.

"Daniel Ortega et Fidel Castro"
Daniel Ortega et Fidel Castro

En1983, le régime sandiniste met en place un service militaire obligatoire et alloue un budget démesuré à la défense nationale, au détriment des réformes sociales. La liberté d’expression est de nouveau restreinte. L’église s’oppose au régime de même que les classes moyennes et aisées. La réforme agricole est un échec, qui provoque une grave famine dans les familles paysannes.

Ortega remporte malgré tout les élections en 1984, mais quand en 1985, les Etats-Unis instaurent un embargo commercial contre le Nicaragua, le pays sombre dans le chaos.

En novembre 1986, éclate l’Irangate  ! Le monde découvre que l’argent versés aux “contras” provient de la vente d’arme à l’Iran, en guerre contre l’Irak, en dépit du blocus décrété par les Nations-Unis. Bien que la politique désastreuse des Etats-Unis, en Amérique centrale, commence à être connue et médiatisée, la communauté internationale, reste en retrait.

En 1987, une nouvelle constitution est élaborée puis des négociations sont engagées entre les sandinistes et les contras. Elles débouchent sur la signature de l’accord de Tela en 1989.

En 1990, Violeta Barrios de Chamorro remporte les élections, soutenue par une coalition conservatrice et les Etats-Unis qui décident de désarmer les contras, de mettre un terme à l’embargo et de rétablir l’aide financière. Mais les tensions restent vives, dans le nord du pays entre les ex-contras (recontras) et les ex-sandinistes (recompas). Humberto Ortega (le frère de Daniel) est maintenu dans ses fonctions de commandant en chef des armées et la nouvelle présidente s’engage à respecter la constitution et à poursuivre les réformes agraires.

"Arnoldo Aleman"
Arnoldo Alemán

Malgré ses efforts, la situation économique du pays demeure précaire et les grèves fréquentes. Des entreprises sont privatisées pour réduire les dépenses sociales, suivant les directives du Fond monétaire international et de la Banque mondiale.

En octobre 1996, la coalition gouvernementale perd les élections contre Arnoldo  Alemán du Parti Libéral Constitutionnel, une droite sans scrupule. Le FLSN, qui arrive en seconde position, conteste les résultats entachés d’irrégularités. Mais la Cour Suprême entérine les élections, qui vont déboucher sur une libéralisation totale de l’économie. L’église prend ouvertement partie pour le nouveau gouvernement , un soutien majeur, dans ce pays profondément croyant. La santé, l’éducation et le bien-être des ouvriers  ne s’inscrivent pas dans les priorités d’Alemán, qui s’embourbe dans des problèmes de corruption et de détournement de fonds.

Impitoyable, la Nature déclenche l’un de ses plus meurtriers ouragans, Mitch, en  octobre 1998. Une fois encore, l’aide internationale finit dans les poches du président. Des pluies diluviennes ravagent le pays et une coulée de boue du volcan Casitas submerge huit villages.

Quelques ONG portent secours aux victimes, pendant que les principales formations politiques s’entendent pour avoir la mainmise sur les principaux secteurs du pays et réformer les lois électorales pour éviter que les petits partis puissent se présenter.

Le président Alemán sera condamné à 20 ans de prison, pour détournement de fonds, en 2003. Mais cette peine sera annulée en 2009, sous l’influence d’Ortega.

Au moment des élections, en novembre 2001, seules trois formations entrent en scène, le PLC, le FSLN et le parti conservateur. Alors que les événements du 11 septembre font resurgir la menace terroriste et défavorisent le parti sandiniste, Enrico Bolaños, vice-président sous Alemán, arrive en tête en prônant une politique anticorruption. La communauté internationale réclamant des garanties, avant de poursuivre les programmes d’aides au développement, le gouvernement de Bolaños fut effectivement le plus intègre.

"Hugo Chavez et Daniel Ortega"
Hugo Chavez et Daniel Ortega

Trois ans plus tard, les sandinistes remportent les élections municipales, puis en 2006, les présidentielles. Daniel Ortega revient au pouvoir. Hugo Chavez remplace Fidel Castro dans le rôle de mentor.

Daniel Ortega sera réélu en 2011 bien que l’opposition conteste les résultats.

L’aide du Venezuela est conséquente. En 2012, les chiffres officiels faisaient état de 2 milliards de dollars. Une part importante des exportations nicaraguayennes part au Venezuela. Parallèlement, le pays importe à bas prix le pétrole vénézuélien via une compagnie binationale Albanisa, créée en 2007 et détenue à 51% par PDVSA, la compagnie pétrolière vénézuélienne et à 49% par Petronic, son homologue au Nicaragua. Plusieurs filiales d’Albanisa opèrent dans les principaux secteurs d’activité du pays : télécommunications, commerce, finances, énergie, tourisme, agriculture…

L’aide vénézuélienne  permet à Daniel Ortega d’alimenter les programme sociaux au profit des plus nécessiteux et de maintenir son image de “Président du peuple”. Les frais de scolarité sont supprimés, les hôpitaux et les centres de santé publique sont gratuits. Le taux de pauvreté régresse, passant de 42,5 % en 2009 à 30% en 2014. Mais le président Ortega mène une politique à géométrie variable. Il pactise aussi avec le patronat et les plus riches hommes d’affaires nicaraguayens.

Lorsque la maladie d’Hugo Chavez fait peser l’incertitude sur l’avenir du Venezuela et des aides attribuées à son pays, Daniel Ortega se tourne vers la Chine, avec en ligne de mire un projet pharaonique, un canal qui relierait la mer des Caraïbes à l’océan Pacifique, au travers le lac Nicaragua.

En 2014, il fait modifier la Constitution pour postuler à un nouveau mandat en 2016 et permettre à son épouse de devenir vice-présidente. Surnommé “la Sorcière” par les uns “la Diablesse” par les autres, l’excentrique poétesse Rosario Murillo évince les ministres qui ne lui sont pas complètement dévoués. Elle règne en grande prêtresse sur la communication du pouvoir et monopolise les ondes. C’est d’autant plus facile qu’une vingtaine de télévisions et de radios sont dirigés ou appartiennent aux huit enfants Ortega.

Considéré comme machiavélique, parce que pour eux la fin justifie les moyens, le couple s’est entouré de chefs militaires dévoués à sa cause et les cellules familiales, créées et supervisées par Rosario Murillo, font appel à des espions pour contrôler les quartiers et les municipalités.

Réélu en 2016, Daniel Ortega mène une politique clairement dictée par le FMI . En 2018, il entame une réforme des retraites, qui vise à augmenter les cotisations patronales et salariales et réduire de 5% le montant des retraites, pour diminuer le déficit de la Sécurité Sociale. Cette politique déclenche une vague de manifestations meurtrières, mi avril. Les protestations ont lieu simultanément dans quasiment toutes les villes du pays et dans les université. Ortega fait marche arrière, affirmant qu’il ne mettrait pas en oeuvre cette réforme. Mais, exaspéré par une hausse permanente des tarifs de l’électricité et des carburants, les suppressions de poste dans le secteur public et la réduction des aides sociales, les manifestants poursuivent leur action.

Un trop long règne sans partage

Comme la famille Somoza, qu’il a combattue autrefois, le président sandiniste Daniel Ortega et ses partisans, répriment dans la violence, les opposants au régime, y compris au sein de l’église catholique. Faisant office de médiateur, celle-ci avait tenté, en mai, d’inciter le Président Ortega (âgé de 72 ans) à organiser des élections anticipées en 2019, au lieu de 2021 à la fin de son mandat.

Mais le Nicaragua renoue avec les heures sombres de la dictature. Lourdement armés et cagoulés, les hommes du gouvernement et les paramilitaires, font irruption dans les manifestations en semant la terreur. On dénombre déjà plus de 300 morts et des centaines de disparus. Aux premiers rangs dans les  manifestations, les étudiants sont pourchassés et emprisonnés.

Ce qui n’était au départ qu’un mouvement populaire contre la réforme de la retraite est devenu une véritable révolte. Les opposants réclament la libération des prisonniers politiques, le départ du président Ortega et des élections anticipées. Des anciens frères d’arme, de la révolution sandiniste, tournent désormais le dos au président Ortega.

Nul n’est dupe, l’idéologie de gauche, qui prédominait au moment de la révolution, a fait long feu et Daniel Ortega ne trompe plus personne. Sa famille et quelques proches ont acquis de gigantesques fortunes en quelques années. Les programmes sociaux, qui étaient la dernière référence à la révolte sandiniste, se sont émiettés  après le décès d’Hugo Chavez.

Mais le président et son épouse comptent bien aller jusqu’au bout de leur mandat. Pire encore, dès 2015,  le fils du couple, Laureano Facundo Ortega Murillo, était pressenti par les médias locaux comme l’héritier du pouvoir… Dictature quand tu nous tiens !…

Adresses utiles

  • Finca Neblina del Bosquet Carretera Yali Miraflor por km 27, Comunidad El Cebollal 1, Reserva Natural Miraflor, Nicaragua Tél.+505 7519 5685
  • Hôtel Flor de Sarta, Sandrine et Benjamin, De la Esquina Noreste del Parque Central 4C y 30 mts al Norte, Av. Central Nte., León, Nicaragua Tél. + 505 2311 1042 http://www.hotelflordesarta.com
  • Casa Aromansse Laguna de Apoyo (Impossible à contacter depuis la révolution, nous ne savons pas si cette posada existe toujours)
  • Hôtel Paraiso, Playa Domingo Ometepe NN-226, Santo Domingo, Nicaragua tél. + 505 2569 485

Secotine

Journaliste-écrivain témoin attentive des palpitations du monde.