Le Belize à la voile, entre cayes et atolls

Les cayes et les atolls constituent la principale attraction du Belize. Certains sont vraiment paradisiaques, d’autres carrément décevants. Dans tous les cas, mieux vaut choisir la bonne saison pour découvrir le Belize à la voile sans subir les Norththem.

A la découverte d’une myriade d’îlots

Mouillage Bluefield Range Belize
Mouillage Bluefield Range

Pour les navigateurs qui hivernent leur bateau au Guatemala, les îlots du Belize constituent  avec les îles du Honduras, des lieux d’évasion relativement proches et faciles d’accès. Quelques 450 cayes et îles constellent la mer entre la côte bélizienne et la barrière de corail. Mais coraux et lagons turquoises ne riment pas toujours avec navigation sans soucis.

plage îlots Belize
Les petites plages de ces îlots confettis sont souvent recouvertes d’eau à marée haute.

Les plus beaux sites sont aussi les plus exposés aux fameux Northerm. Ces fronts froids, qui  viennent du nord des Etats-Unis, génèrent des vents forts entre décembre et février. Lorsqu’on navigue entre les cayes du Belize, suivre la météo quotidiennement est un impératif pour éviter de se faire piéger. Dès l’annonce d’un Northerm, mieux vaut se replier, avant son arrivée, entre les îlots recouverts de mangrove ou sur la côte bélizienne, dans les baies bien protégées, telles que New Haven ou Sapodilla Lagoon. Dans ce cas, il s’agit de préserver au mieux les bateaux et les équipages même si cela doit se faire au détriment de l’agrément.

A l’exception de Placencia, le littoral du Belize n’offre quasiment pas de plages. Il est en majorité bordé d’une succession de mangroves qui le protègent, à l’instar des baies que nous venons de citer.

A contrario, par beau temps, les îlots proches de la barrière de corail sont de véritables petits paradis. Seuls bémols, ces lieux enchanteurs sont tous en “Réserve naturelle”, c’est-à-dire avec des mouillages payants, sans que ce classement s’accompagne d’une véritable politique de protection. Il n’a  en réalité qu’un objectif lucratif. Ce classement est un argument touristique d’autant plus exaspérant que  certains îlots sont quasiment recouverts de détritus, qu’aucun garde ne se donne la peine de ramasser. Ce ne sont certes pas sur ces îlots que les lanchas des locaux conduisent les touristes mais les navigateurs, qui se déplacent au gré de leurs envies, sont aux premières loges pour constater les dégâts infligés à l’environnement.

Les Sapodillas, bienvenue dans la Réserve

En route vers les Sapodillas

A moins d’une journée de navigation de Livingston, les Sapodillas constituent la porte d’entrée au Belize. Du fait de leur situation, ces cayes du Sud sont particulièrement prisées par les guatémaltèques et les honduriens. Ils peuvent y passer le weekend, en effectuant que des formalités simplifiées.

sterne royale
Sternes royale à bec rouge

Nous avons choisi Hunting Cay comme point d’arrivée, c’est précisément là que se trouve le poste de l’Immigration. Après avoir réglé 12 $ pour trois personnes (le capitaine est accueilli gracieusement), nous pensions  être tranquille mais que neni ! Les Sapodillas sont en réserve naturelle et de fait taxables par les gardes, qui sont arrivés en fin de soirée, alors qu’il était trop tard pour aller poser l’ancre ailleurs. Cent dollars pour une semaine, l’addition est salée, d’autant que nous comptons poursuivre notre chemin dès le lendemain.

Sur Hunting cay, la plage est entretenue par les scientifiques et les universitaires qui séjournent sur l’île entre juin et octobre, quand les tortues viennent pondre sous leur haute surveillance.

Pas de détritus sur la plage mais de nombreux nonis, tombés au sol et régulièrement entassés. Ces fruits, aux multiples usages,  ne semblent pas consommés par les locaux. Ailleurs, ils sont très prisé des indiens, pour leurs multiples utilisations médicamenteuses.

New Haven, une baie calme et très bien protégée

New Haven le Belize à la voile
Pendant les Northerns , les navigateurs se réfugient dans les mangrove ou dans les baies.

Depuis quelques années, les navigateurs ressentent les changements climatiques qui s’opèrent au niveau de la planète. Alors que nous sommes en pleine saison sèche, des fronts froids venus du nord nous apportent régulièrement du vent et de la pluie. Lorsqu’ils sévissent sur le golfe du Honduras, ils rendent les passent agitées et les mouillages près de la barrière de corail intenables. Mieux vaut se réfugier au cœur des mangroves. Le baie la plus proche des Sapodillas et la plus abritée étant New Haven, nous  visons naturellement ce havre. Mais au moment d’entrer dans le mouillage, le vent et la mer arrivent  face au catamaran, qui peine à quatre nœuds, avec les moteurs à 2400 tours/minute. Force est de contourner les îlots et les cayes aux emplacements incertains, pour entrer dans les eaux calmes de la baie déserte.

Pelican Belize
La végétation naturelle a repris ses droits et les oiseaux s’y sont installés.

Quelques tôles émergent au dessus des arbres, témoignant d’un passé habité, comme le confirment les quelques cocotiers et manguiers plantés par la main de l’homme. Mais dans ce coin perdu au bout du monde, il n’y a plus âme qui vive ! Il y eu pourtant un volontaire pour défricher et faire de cette anse un véritable Eden. Charlie Carlson, un américain s’était autrefois installé au bord de cette baie. Après avoir défriché et planté une grande variété de fruitiers, il est mort d’un regrettable accident de bateau, selon les autorités locales. Accident ou meurtre, ici la frontière entre les deux est souvent ténue mais nul ne cherche à démêler les fils. Depuis, les terrains sont restés à l’abandon et la végétation tropicale a repris ses droits. Seule une étroite langue de sable découvre encore à marée basse, petit coin de paradis pour un bichon maltais qui rêve de se dégourdir les pattes !

Dauphins baie de New Haven
Les dauphins sont entrés dans la baie, à la poursuite d’un banc de poissons.

Peu farouches, les pélicans semblent rechercher la compagnie des humains. Ils passent de longues heures, au soleil à quelques mètres du bateau.

En fin d’après-midi, une douzaine de dauphins sont entrés dans la baie, vraisemblablement à la poursuite d’un banc de poissons. Au dessus, les frégates attendent patiemment de prendre part au festin. Ces oiseaux sont fascinants, ils se laissent porter par les courants aériens, tels des voiliers de l’espace, tout en surveillant les frétillements à la surface des flots. Dès qu’ils repèrent un poisson, ils fondent sur leur proie, qu’ils saisissent d’un rapide coup de bec sans jamais effleurer l’eau, auquel cas, ils ne pourraient plus redécoller.

Le lendemain, les gardes de la réserve sont passés réclamer le montant d’une journée dans ces lieux classés “réserve naturelle”, 20 $ pour deux personnes. L’un parle l’espagnol ; l’autre, à la physionomie moins engageante, ne dialogue qu’en anglais. Dans ce pays où chacun interprète à sa  façon la législation, difficile de savoir si la taxe réclamée l’est à juste titre !…

Tom Owen’s Cayes, le paradis des plongeurs

Tom Owen's Belize
Si c’était cela le paradis !

Protégés de tous côtés, le mouillage est situé entre les deux îlots et les cayes, mais à première vue, l’entrée est indécelable à l’œil nu et les cartes papier et numériques sont fausses ! Guidés par Jean-Louis et Denise, un couple de navigateurs ayant précédemment expérimenté le lieu, nous y pénétrons par le nord, en surveillant les fonds,  à l’œil et au sondeur…

Le plus petit îlot est inhabité mais quelques pêcheurs s’y arrêtent ponctuellement.

décoration club plongée Tom Owen's
Une décoration adaptée au lieu

Le plus grand est occupé par un club de plongée, construit majoritairement avec des matériaux trouvés sur place, notamment le corail. L’ensemble témoigne d’un certain respect de l’environnement. Circulaires, les cabañas sont conçus de manière à récupérer l’eau de pluie, un bien précieux, que nul ici ne saurait gâcher.

Peintures murales club plongéee
Un avant-goût des plongées.

Décoré de peintures murales et de mosaïques, le bâtiment principal est accueillant et en harmonie parfaite avec le paysage marin environnant.

Le club est gardienné en permanence par des équipes  aidées dans leur travail sécuritaire par un molosse aux canines peu engageantes, que les gardiens attachent lorsque nous descendons à terre avec notre petit bichon maltais de 2,8 kg.

Une petite brise venue du large rafraîchit l’intérieur des voiliers et leurs équipages sans nuire aux activités prévues, notamment la plongée palmes, masque et tuba.

Les fonds révèlent des coraux mous et des gorgones au milieu desquelles évoluent un pagre, de nature plutôt curieuse et quelques langoustes.

Ranguana Cay,  belle mais chère plage

Rangana Cay
La balade sur l’île est reposante.

Cette jolie petite île, proche de la barrière de corail pourrait être un véritable paradis s’il ne fallait pas payer 20 dollars Belize pour avoir le droit de débarquer sur la plage et de se promener sur l’île. La balade sous les cocotiers et autres arbres tropicaux est agréable. Des allées de sable blond, parfaitement ratissées serpentent sous le couvert des cocotiers, nous entraînant à découvrir les jolies maisonnette en bois, dissimulées sous la végétation.

De retour au bateau, le vent se lève naturellement avec la tombée du jour rendant le mouillage moyennement sûr et peu confortable. La plongée masque tuba est un peu décevante, en dehors de quelques poissons et gorgones.

Placencia, une si jolie petite cité balnéaire

"Placencia"
Placencia, une cité balnéaire qu’affectionnent les américains.

Au départ de Tom Owen’cayes, un faible zéphyr nous encourage à sortir le spi. Mais la chaussette, que nous avons fait confectionner au Guatemala, n’est visiblement pas à la bonne taille ! Après deux essais infructueux, nous renvoyons le génois, qui nous propulse à plus de 7 nœuds, en direct sur Placencia.

Mouillage Placencia
Mouillage face à Placencia

Le mouillage de cette petite cité balnéaire est calme et bien protégé. La première impression, en arrivant dans cette bourgade balnéaire est plutôt plaisante.

Groupées derrière une longue plage de sable fin, de coquettes maisonnettes de bois, peintes couleurs pastel, incitent à la découverte de cette cité lacustre. Ratissées régulièrement, les allées  sont proprettes. De petits commerces d’artisanat local attirent le regard.

Mais nous croisons finalement plus de retraités étasuniens et canadiens que de locaux. Et pour cause, c’est le seul pays d’Amérique centrale où l’anglais s’affiche comme langue officielle, bien que l’espagnol y soit aussi parlé couramment.

Mais à l’usage, la charmante bourgade devient moins sympathique. Nous ne pouvons pas faire un pas sans sortir notre portefeuille. Il faut payer pour débarquer au ponton des annexes, payer pour déposer notre poubelle… Nous avons vraiment l’impression de n’être qu’un porte-monnaie sur pieds.

Les fourches caudales d’une administration

Pélicans mangrove
Pélicans dans la mangrove

Immigration, autorité portuaire, douanes et agriculture se trouvent à Big Creek, de l’autre côté de la lagune. Cette position éloignée du mouillage convient plutôt bien aux plaisanciers : les autorités ne viennent jamais à bord des bateaux ! Mais se rendre à Big Creek s’apparente à une véritable expédition qui les mobilise pendant une bonne demi-journée. Il faut d’abord prendre une lancha aux horaires incertains puis un taxi. La traversée de la lagune est plutôt plaisance mais  nous regrettons que le marinero soit pressé d’arriver avant ses confrères pour reprendre une cargaison de passagers et qu’il n’ait aucune formation de guide.

voilier de pêche Belize
Voilier de pêche dans les canaux de Placencia.

La lancha circule  dans un dédale de canaux bordés de mangrove et l’on aimerait avoir quelques informations sur la faune locale et sur ces voiliers de pêche, amarrés à proximité du quai de débarquement des passagers. Mais rien, que neni, pas une parole sympathique.

Les formalités sont assez vite expédiées dans les diverses administrations. L’accueil varie d’un poste à l’autre. La jeune femme qui nous délivre la clearance est, de mémoire de navigateur, toujours charmante.

Le douanier qui nous reçoit ensuite est à peine aimable et son voisin de bureau regarde la télévision,  étalé dans un fauteuil. Visiblement, il a mieux à faire que de s’occuper des navigateurs…

Comme nous avons un petit chien à bord, force est de passer par les fourches caudales d’une administration supplémentaire, l’agriculture ! Peu de plaisanciers viennent dans ce bureau. L’officier n’est pas surchargé, alors il prend son temps, multiplie les certificats et les taxes, sans oublier les recommandations et les conseils, comme celui de ne pas importer de fruits et de légumes frais au Belize, au cas où un insecte, dommageable pour la production locale, se glisserait à l’intérieur. Franchement, est-ce que les insectes, qui vivent dans la forêt tropicale, présentent leur passeport pour aller butiner les fleurs d’un côté ou de l’autre de la frontière ?

 

Rendez-Vous Caye, un mouillage de rêve

Rendez-vous Caye Belize
Rendez-vous Caye, un mouillage de rêve

Nous quittons le mouillage de Placencia par la passe Nord, en direction de Rendez-vous Caye, notre prochaine destination. Après une courte et confortable navigation dans le chenal, il nous faut slalomer entre les cayes, avec un premier point de repère au sud de Viper Rock, puis un second près de Cary Caye, où nous surveillons avec une attention soutenue le sondeur et les dégradés de bleus, notamment les deux lignes plus claires qui semblent barrer notre horizon. Les fonds remontent régulièrement, passant de 30 mètres à 3 mètres au sud de Cary Caye.

Arrivés à Rendez-vous Caye, nous pensions trouver un mouillage en forme de fer à cheval avec une passe bien visible. Non ce n’est pas si simple, ,naviguer au Belize n’est vraiment pas de tout repos. Les cayes sont nombreuses et parfois mal indiquée sur les cartes et les GPS… Dans le cas présent, un ourlet bleu clair semble nous en interdire l’entrée. Nous suivons les conseils de nos amis de Lotus Bleu, déjà sur place et, confiants nous passons sans encombre dans des fonds qui oscillent entre 3 m et 1,80 m, de quoi donner des sueurs froides aux propriétaires de monocoques, mais avec notre catamaran qui cale 1,20 m, nous sommes presque zen ! J’ai bien dit “presque” !… Pour entrer, c’est simple, quand quelqu’un nous explique la méthode… Il faut aligner l’arrière du bateau sur North Long Cacao Cay qui se trouve au nord et l’avant du catamaran sur le centre de la plage de Rendez-vous Cay. Et là, pas de problème, cela passe sans souci…

Plongee belize
Certaines cayes réserves de bonnes surprises.

Avec ses dégradés de bleus et sa plage de sable clair, l’endroit nous semble paradisiaque. Seule ombre au tableau, sa façade bétonnée pour tenter de protéger cette langue de terre des éléments. Rêve de propriétaire condamné d’avance. La mer grignote sans relâche son petit paradis !…

L’endroit réserve néanmoins de bonnes surprises, notamment en matière de plongée. Un excellent site se trouve à la pointe sud de North Long Cacao Cay, avec de très belles gorgones.

En fin d’après-midi un trawler d’un autre âge s’échoue sur la caye. Le vieil homme à bord s’est laissé déporté par le courant et le vent, alors qu’il cherchait la passe pour entrer dans le mouillage. Spontanément, les trois annexes partent des trois voiliers présents dans le mouillage pour l’aider. En le tirant par le travers, ces secouristes improvisés réussissent à le sortir de cette inconfortable et dangereuse position.

Cet incident nous en rappelle d’autres plus ou moins dramatiques. Nombreux sont les navigateurs américains, seul ou en couple, qui se retrouvent à un âge avancé, dans une impasse. Au moment de la retraite, ils ont vendu tous leurs biens pour acheter un bateau, qu’ils n’ont plus les moyens d’entretenir mais dont ils ne peuvent pas se séparer, sa valeur étant devenue trop dérisoire pour leur permettre d’acquérir un nouveau pied-à-terre. Mais ceci est une autre histoire !…

Button Wood Cay, drôle d’ambiance

Button Wood
L’île était autrefois un havre de paix pour les oiseaux et pour les scientifiques.

Il faut contourner Rendez-vous Cay et slalomer entre les bancs de sable sur environ 5 milles nautiques pour arriver à Button Cay. Située un peu à l’Est de Rendez-vous Cay et plus proche de la barrière de corail, l’île servait autrefois de base d’étude des oiseaux. Un rasta nous explique que le vieux scientifique, qui logeait en permanence sur les lieux est décédé et qu’auparavant, il avait légué l’île aux pêcheurs, qui ont effectivement investi les lieux.

Ils entreposent leurs poissons dans des vieux réfrigérateurs abandonnés sur le sable, en attendant qu’une lancha à moteur vienne les récupérer à la nuit tombée pour les acheminer à Belize City.  Nous profitons de l’arrivée d’un pêcheur pour nous approvisionner en poissons frais. Quelque chose nous dérange cependant dans ce trafic. Trop de personnes vont et viennent sur cette île. On y festoie aussi régulièrement qu’on y travaille et en laissant sur place les détritus et ordures alimentaires.

Dommage, ce tout petit îlot pourrait avoir beaucoup de charme. Protégé d’un côté par une barrière de palétuviers, il est recouvert de cocotiers, filaos et autres arbres tropicaux. Seule, une cabane en mauvais état témoigne encore de l’activité scientifique passée.

Sapodilla Lagoon, la fin d’un Eden

Sapodilla Lagoon Belize marina en construction
Bien protégée, Sapodilla Lagoon présentait un environnement si sain qu’une importante population de lamantins y vivait avant la construction de la marina.

Un front froid est annoncé. Le vent change progressivement de direction, le ciel se voile, une brume emprisonne l’horizon. Nous décidons d’aller nous abriter à Sapodilla lagoon, une baie très bien protégée où se construit une marina. Notre guide et nos cartes ne sont évidemment pas à jour. Elles indiquent une petite île à l’entrée de la baie alors qu’apparaît seulement une bouée rouge non signalée sur les cartes. Nous passons au large et contournons une caye. Ce n’est qu’en entrant dans le lagon que nous découvrons un balisage rouge et vert, parfaitement agencé.

Sapodilla Lagoon Belize chenal d'accès marina
Mouillage le long du chenal d’entrée à la marina

Un monocoque est mouillé à tribord, à l’entrée de la baie. Au fond, nous apercevons de vaste terrains dénudés, ravinés par les pluies et deux mâts de voiliers, qui semblent amarrés dans la marina. Nous décidons de mouiller sagement le catamaran à l’entrée du chenal et d’aller investiguer ensuite en annexe, pour voir si la marina est opérationnelle.

Un large chenal d’accès a été creusé dans ce qui n’était autrefois qu’un bayou d’accès naturel. La marina existe  mais ce ne sont encore que des pontons en béton, dépourvus d’ancrage. Dans une zone cyclonique, on s’étonne qu’ils n’aient pas opté pour des pontons flottants, qui s’adaptent aux différences de niveaux des eaux.

remblai Sapodilla Laggon
Un remblai mal stabilisé remplace la forêt et la mangrove.

Nous découvrirons plus tard que ce n’est pas la seule hérésie de ce qui va bientôt nous apparaître comme un projet pharaonique, complètement disproportionné par rapport au niveau de vie de ce petit pays.

Sapodilla lagoon guetto pour riches
Les riches demeures et leurs propriétaires sont enfermées dans une sorte de ghetto, surveillés du haut des miradors.

Des constructions en dur sont déjà terminées ou en cours d’achèvement. En circulant dans les canaux, nous constatons qu’il s’agit d’une marina “pieds dans l’eau”. Les bateaux des propriétaires sont amarrés devant les villas déjà achevées. Un complexe hôtelier est opérationnel côté mer. Plus loin, nous apercevons un mirador où veille un garde armé et ce n’est pas le seul. L’ensemble s’apparente à un immense ghetto pour gens fortunés. Des visites en bateau sont d’ailleurs régulièrement organisées, pour séduire les clients potentiels, prêts à investir une petite part de leurs avoirs dans ce projet.

lamentins et oiseaux en danger à Sapodilla Lagoon
Des milliers d’oiseaux et des lamantins vivaient dans le lagon.

L’un des voiliers ancré dans la marina appartient au chef de chantier. Environ 300 ouvriers travaillent quotidiennement sur le site.  Le principal actionnaire serait canadien et il a vu les choses en grand ! Le projet s’étend sur des hectares, la forêt a pour les besoins de la cause, été partiellement détruite. Le bruit et les activités ont fait fuir, dans la baie où nous sommes ancrés, les lamantins et les nombreux oiseaux qui nichent dans la mangrove (pélican, aigrette, ibis blancs…). Des associations ont bien tenté de s’opposer au projet mais sans succès.

D’autres voiliers se sont réfugiés dans la baie. Le mouillage, en parallèle du chenal sera t-il toléré quand la marina sera opérationnelle ? Pendant les trois jours que durera notre retraite forcée au fond de cette baie, nous ne cesserons de nous interroger.

Ce pays, que les dépliants touristiques présentent comme un modèle en matière d’environnement , parce qu’il a multiplié les réserves et les parcs nationaux, n’a en réalité rien d’exemplaire. Les aires protégées ne servent qu’à amasser des dollars et celles qui ne le sont pas, sont détruites pour réaliser de monstrueux projets qui n’apportent rien au peuple bélizien.

South Water Cay, une rencontre surprenante

La mer est courte et hachée à la sortie de Sapodilla Lagoon. Le temps, qui semblait s’améliorer, repasse au gris. Le vent, instable en force et en direction, se calme cependant à l’approche des cayes. Mais il faut redoubler d’attention.

Située sur la barrière de corail, South Water Cay est littéralement au raz de l’eau. Il suffirait de peu pour qu’elle soit submergée ! Certaines maisons sont sur pilotis, d’autres construite en “dur”.

Son aménagement est particulier. C’est un peu comme si elle était divisée en parcelles avec un complexe hôtelier près de la plage sud, un Lodge au milieu, un club de plongée de l’autre côté, un centre d’étude à l’abandon face à la zone de mouillage et quelques maisons de pêcheurs. L’ensemble est propret, ratissé tous les matins dès l’aube, avec pour toute végétation quelques cocotiers, des hibiscus et une sorte de liserons qui maintient le sable.

Lanchas de transport touristes
Rotations quotidiennes des lanchas entre le continent et les îles.

Le jour, les lanchas font le va-et-vient entre l’île et le continent, débarquant les touristes par paquets, au club de plongée. Mais à la tombée de la nuit l’île est désertée et le lodge ne fait pas vraiment recette.  La vie semble s’arrêter, à tel point qu’au petit matin, le mouillage est si calme et l’eau si claire que l’on pourrait compter les brins d’herbe accrochés au fond,  sur le sable. Lorsque j’ai jeté le marc de café par dessus bord, je distinguais parfaitement  les deux rémoras qui se sont approchées.

Mais ce calme ne  perdure pas. Lorsque j’ai entendu Marie-Rose dire à la VHF “nous avons un serpent à bord”, j’ai cru à une blague. Mais non ! Un boa s’est bel et bien logé sur la plage arrière du catamaran, dissimulé sous l’annexe. Comment et quand est-il arrivé là, nul ne sait. Mais l’animal semble se plaire et peu enclin à se laisser déloger.  Au lieu de fuir face à la gaffe que Jean-Louis agite, il tente de s’y enrouler. Est-il apprivoisé  ? Après quelques infructueuses tentatives pour le repousser à l’eau, il finit par  se diriger vers l’île.

Je surveille attentivement Eliot, notre bichon maltais lorsque nous descendons à terre, n’ayant nulle envie de le voir finir dans la gueule du boa.

Twin Cay, un  excellent abri

Twin cayes Belize
Les gardes de la réserve se relaient sur Twin Cayes.

Situées à quelques encablures de la barrière de corail, ces deux cayes jumelles sont idéales pour se réfugier en cas de coup de vent. Mieux vaut cependant anticiper et arriver avant que les Northerms soient établis et, pour les mêmes raisons, attendre que la mer soit posée pour repartir. L’entrée du chenal séparant les deux cayes n’est pas évidente. Il faut surveiller à l’œil et au sondeur les patates de corail qui le protègent. Nous mouillons dans 2,10 m de fond, parfaitement protégés par la mangrove.

Balade sur Twin Caye
Eliot, notre bichon maltais, rencontre Alicia, qui vit avec les gardes.

L’une des cayes est recouverte de mangrove, l’autre est occupée à son extrémité, par les gardes de la réserve, qui ont installé un mirador. Nous ne pouvons débarquer en annexe que de ce côté et seulement lorsque la mer est calme. Ces îlots sont évidemment classés en réserve et donc assujettis à la taxe : 80 dollars US pour quatre personnes et pour deux jours, l’addition est salée. Nous apprécions d’autant moins que nous n’avions pas d’autre choix que de nous abriter compte-tenu des Northerms annoncés. Mais nous sommes surtout navrés de constater qu’aucun intérêt n’est accordé à l’environnement. La petite plage est jonchée de détritus. Des bouteilles et des canettes s’amoncellent près du bâtiment des gardes.

Twin caye mouillage protégé
Entre les deux îles, les bateaux sont parfaitement protégés.

Nous arrivons néanmoins à nous faufiler jusqu’au mirador. Du haut de ce perchoir, qui nous offre un panorama à 360°,nous constatons que nous sommes bien protégés.

Mouillage serré avec les bateaux de location
Une armada de voiliers de location entre en force dans l’étroit chenal.

Le vent peut souffler de tous les côtés, notre bateau ne risque rien si ce n’est une collision avec une armada de voiliers de location, naviguant en groupe. Pour loger tous, dans l’étroit chenal, ils n’hésitent pas à mouiller court et au plus près de notre voilier.

Les pêcheurs qui ont l’habitude de se mettre à l’abri en ces lieux pour la nuit, restent en extérieur, devant la maison des gardes.

Nous n’aurons pas de langoustes, la pêche de ces crustacés est interdite pendant la saison de reproduction mais de beaux filets de poissons et des poulpes. Ces pêcheurs partent pour la semaine, sur un petit voilier d’environ 8 m, où ils entassent les pirogues qu’ils utilisent pour se déplacer sur les lieux de pêche. Le poisson est conservé dans la glace, dans la cale. Ils n’ont donc qu’un petit réduit pour cuisiner. Ils dorment sur le pont ou dans leur pirogue après avoir tendu une bâche de protection. La vie est difficile pour ces hommes, entassés  par groupe de six à dix suivant la taille des voiliers, qui n’excède pas dix mètres.

Tobacco Cayes, farniente et cocotiers

Tobacco cay Belize
Mouillage paradisiaque en face de Tobacco cay

Nous entrons dans la passe des Tobacco vers 13 heures, au moment où les cayes sont bien visibles. Trois catamarans sont déjà au mouillage.

Tobacco Cay Belize
Tobacco Cay jouxte la barrière de corail

Avec ses maisons de pêcheurs sur pilotis et ses lodges, l’île affiche un charme désuet. Un petit bar et deux mini-boutiques se partagent les abords du ponton. C’est un bout du monde où l’on rêve de se poser un instant, dans un hamac, entre deux cocotiers. Même les aigles pêcheurs s’y sentent en sécurité, l’un d’eux a bâti son nid au dessus d’une vieille cabane inhabitée.

L’ambiance est détendue, le sable ratissé mais les tas de coquilles de lambis vides montrent que l’animal paie un lourd tribu à la pêche.

Au moment précis, où rentrent les bateaux de pêche, il faut lever l’ancre. Le vent d’Est fait entrer la houle dans la passe et le mouillage devient vite inconfortable. Nous décidons d’aller nous abriter en face, à Tobacco Range.

Tobacco Range, un refuge sûr en cas de Northerm

pirogue de pêche
Pêcheurs de lambis.

Sur la côte Est de l’îlot, nous devinons deux maisons cossues, entourées de palmiers mais au sud, là où nos pouvons nous abriter, il n’y a rien d’autre que la mangrove.

J’aperçois un premier lamantin, quasiment à fleur d’eau puis un second. La mangrove joue ici parfaitement son rôle d’épuration tout en  protégeant les îlots de l’érosion.

En circulant en annexe, nous découvrons vers l’Ouest un camp de pêcheurs, avec une cabane sur pilotis. Deux hommes vivent ici dans des conditions précaires. Construite de bric et de broc, la cabane est entourée de détritus. Ces ordures ménagères, qui nous dérangent, constituent ici une sorte de remblai. Dès qu’ils descendent de la cabane, les hommes ont les pieds dans la mangrove. L’amas d’ordures leur semble un moindre mal, qui leur permet d’être un peu plus au sec.

Alors que le jour décline, ils préparent le matériel pour une pêche nocturne.  Nous sommes un peu étonnés, tous les pêcheurs que nous avons rencontré précédemment se mettaient à l’abri pour la nuit !

Garbutt Cay, la bonne surprise

A environ quatre milles nautiques au nord-ouest, Garbutt cay offre un abri protégé des vents d’est, du nord-est et du sud-est, à condition de pouvoir ancrer. Les fonds accrochent vraiment mal , tant en face du petit îlot couvert de filaos que plus loin dans la mangrove.  Quand enfin l’ancre daigne bien maintenir le voilier dans le sens du vent, nous descendons à terre où nous attend une bonne surprise.

Belize ïle tenue par un rasta
Une jolie cabane sur pilotis domine le sable fraîchement ratissé.

La bande de sable qui relie l’îlot où poussent les filaos et la mangrove a été remblayé avec du sable corallien, régulièrement ratissé. Des petits palétuviers ont été plantés pour constituer un rempart  naturel contre l’érosion de la mer. Ils sont protégés du soleil par des caisses en plastiques positionnées à l’envers. Un cayuco bleu est hissé sur le sable.

Alors que nous approchons de la cabane sur pilotis, elle-même en parfait état, nous rencontrons Byron, un rasta de 47 ans, qui s’est installé ici après le décès de sa mère alcoolique.

Langoustes Belize
On en rêvait ! Byron les a pêchées dans la nuit.

Lui ne boit pas une goutte d’alcool, il préfère la marijuana. Mais ce soir il n’a plus de papier à cigarette. Non fumeurs, nous n’avons a priori rien qui peut convenir pour le dépanner. Nous lui apportons une feuille de papier machine et une autre de papier sulfurisé, que j’utilise pour la cuisson du pain. Il semble satisfait de notre don.

Sur ce confettis d’île, Byron ne vit pas seul. Un autre rasta, plus barbu et chevelu s’est installé sur la partie plantée de filaos. L’entente n’est pas franchement cordiale entre les deux hommes. Ils s’insultent copieusement d’une pirogue à l’autre, se traitant de voleur et autres noms d’oiseaux !

Décidément, nul n’échappe aux querelles de quartiers, même au bout du monde…

A la nuit tombée, une première lancha  se glisse dans la mangrove, puis une seconde. Au petit matin, les deux lanchas ont déserté les lieux. Byron, qui vient  nous vendre le fruit de sa pêche nocturne, nous dira qu’il s’agit de pêcheurs venus s’abriter pour la nuit.

Colson cay, surfaite dans le guide

Colson cay pelican
Seuls quelques pélicans sont venus nicher dans la mangrove.

Notre guide “papier” nous promet quelques merveilles à proximité de cette île. Le lagon, au cœur de la mangrove, serait réputé pour l’observation des oiseaux  et un intéressant site de plongée se trouverait à proximité. Nous pourrions nous ravitailler en langoustes  au camp de pêcheurs situé sur l’île. Nous rêvons à un festin de langoustes…

Mais nous déchantons rapidement. Sous un ciel plombé, le site de plongée est introuvable malgré nos recherches en annexe et nous sommes heureux d’avoir laissé tomber 50 mètres de chaîne, quand nous essuyons une averse avec des vents à plus de 25 nœuds.

Nous espérons nous consoler avec des langoustes. Nous trouvons effectivement au bout de l’île un lieu qui devait être un camp de pêcheurs. Mais ne subsistent que deux cabanes en très mauvais état, dont une sans toiture, deux chiens faméliques et un tas d’immondices. Impossible de poser le pied à terre sans risque de se blesser dans les ferrailles ou de se prendre les pieds dans les cordages et les filets.

Le lagon est aussi décevant. En dehors de quelques pélicans venus se poser en fin de journée et des frégates qui tournoient au dessus, nous ne verrons rien d’intéressant.

Bluefield Range, le paradis des oiseaux

Mouillage Bluefield Range Belize
Entre les deux île, le mouillage de Bluefield est bien protégé et agréable.

Le vent est tombé, nous avançons au ralenti à 2 ou 3 nœuds, en surveillant les hauts fonds sableux et herbeux qui se trouvent à l’entrée du lagon de Bluefield Range. En suivant les instructions du guide et en s’organisant pour passer avec le soleil de dos,  nous arrivons sans problème dans la zone de mouillage. Du lodge, mentionné dans le guide, il ne reste plus que quelques pieux. La langue de sable, où il était bâti, est recouverte d’eau à marée haute.

Aigles-pêcheurs
Couple d’aigle-pêcheurs et leur oisillon.

Cette situation semble convenir aux oiseaux. Un couple d’aigle pêcheur a installé son nid au dessus de la mangrove. Ils alarment dès que l’on met les pieds à terre, pour aller promener Eliot. Perchés sur les vestiges du lodge, les pélicans, les cormorans et les sternes ne bougent pas une plume à notre approche.

Quasiment en panne de vivre frais, après trois semaines de navigation dans les cayes, nous comptons sur le camp de pêcheur qui serait installé à l’extrémité nord de l’île pour nous approvisionner en denrées fraîches. Mais là encore, nous faisons “choux blanc”, le camp est dévasté. Ce n’est qu’au crépuscule du second soir, que nous aurons la chance de voir entrer dans le lagon un voilier de pêche, venu poser son ancre pour la nuit.

Tous à l’abordage ! Nous sautons dans les annexes et filons en ligne droite vers nos sauveurs. Deux kilos de filets de poissons frais et des lambis renflouent  le niveau de la cambuse et ravissent l’équipage.

Robinson, mais comment font-ils pour naviguer ?

mangrove Belize Robinson
Pas la moindre langue de sable où poser les pieds, juste de la mangrove.

Voiles en ciseaux, nous filons vers l’entrée de Robinson. Nous choisissons de mouiller entre l’île située à l’Est et celle du centre, au milieu de la mangrove, parfaitement protégés mais un peu déprimés par ces îlots où on ne peut pas poser un pied à terre. Nous sommes obligés de faire un demi milles en annexe pour aller promener Eliot sur la plage située au sud-ouest de Robinson.

Du chantier naval, qui se trouvait en ces lieux autrefois, il ne reste plus que des carcasses de cargos rouillées et une maison encore habitée.

Un demi nautique, c’est long à parcourir en annexe, quand on ignore ce qui se passe de l’autre côté… Nous venons de débarquer sur la petite plage lorsque nous entendons des coups de sirènes intempestifs, qui semble venir du mouillage où nous sommes ancrés. Là bas c’est l’affolement. Deux énormes barges, dont une en remorque, arrivent droit sur notre catamaran. Bien qu’il soit plus large à cet endroit, le chenal est trop étroit pour que les barges puissent manœuvrer sans endommager notre bateau.

Nous repartons aussi vite que le permet notre moteur d’annexe. Nous avons juste le temps de sauter à bord, de démarrer les moteurs et de reculer contre la mangrove pour permettre aux barges de passer. Ils doivent bien connaître le terrain pour circuler avec ces monstres dans si peu d’eau. Nous sommes allés en annexe de l’autre côté et nous n’avons repéré aucun passage pour sortir avec notre catamaran. La façon dont ils ont pu éviter les cayes restera un mystère pour nous.

Drowned Cayes, une marina fantôme

dauphins Drowned
Un couple de dauphins passe juste devant l’étrave.

Un couple de dauphins nous salue à l’entrée des Drowned Cayes. Nous pénétrons dans  un dédale de canaux, petits et grands, entourés de mangrove. A perte de vue il n’y a rien, en dehors de deux toits de palmes, qui émergent côté mer. Il fait une chaleur torride, sans vent et le bateau tourne sur son ancre à chaque changement de marée. Que faisons-nous en ces lieux inhospitaliers ? Un nouveau coup de vent est annoncé et les Drowned sont réputées comme d’excellentes protections contre les Northterms.

En cherchant un endroit où notre bichon maltais pourrait se dégourdir les pattes, nous découvrons un projet immobilier abandonné. Les travaux de remblaiement sont phénoménaux. Des milliers de mètres cubes ont été accumulés ici pour transformer la mangrove en terre plein constructible et pour aménager une plage.

Que s’est-il passé ? Les promoteurs ont-ils surestimé leurs capacités d’investissement ou ont-ils été bloqués dans leurs objectifs ? En fonction des aménagements déjà réalisés, nous comprenons qu’il s’agissait d’un projet de grande envergure, genre marina pieds dans l’eau avec hôtels, restaurants et tutti quanti !

La nuit tombe rapidement sous les tropiques et plus vite encore quand un orage s’annonce à grand renfort d’éclairs et de coups de tonnerre.  Nous avons droit à un son et lumières très spectaculaire. Venant du continent, l’orage passe juste au dessus de nos têtes avant de filer vers le sud. Chiloe, notre catamaran danse la samba dans le courant, tournant ses fesses à droite et à gauche. Nous sommes heureux finalement d’être si bien protégé par la mangrove. Nous avons juste débranché tous les instruments de navigation, pour éviter les mauvaises surprises, le temps que passe l’orage.

Au petit matin, le ciel est toujours gris mais sans pluie et l’orage s’est éloigné. Situé juste en face Belize City, les Drowned sont effectivement idéales pour laisser passer le mauvais temps ou attendre qu’une place se libère à Cucumber marina.

Cucumber marina, pratique pour une halte à terre

Cucumber marina Belize
Entrée de Cucumber marina

Située à une dizaine de kilomètres de Belize City, Cucumber marina constitue une halte pratique et sécurisée pour laisser le bateau quelques jours.

La marina est installée à l’emplacement d’une ancienne sucrerie dont il reste quelques vestiges. Occupée essentiellement par les locaux et les professionnels du tourisme, elle offre peu de places disponibles pour les marins de passage. Mieux vaut réserver à l’avance par email ou par VHF. Un restaurant d’un niveau correct et une grande piscine à l’eau de mer rendent le séjour agréable.

Marina Cucumber emplacement sucrerie
Vestiges de l’ancienne sucrerie

Par contre, l’endroit n’est absolument pas sécuritaire en cas de cyclone. Ce ne peut être qu’une halte de quelques jours pour effectuer les formalités à Belize City, visiter la ville et les sites de Altun Ha et Lamanaï.

C’est aussi l’occasion de faire un avitaillement plus conséquent et moins onéreux qu’à Placencia. L’arrêt de bus, pour se rendre à Belize City, se trouve juste à la sortie de la marina. Mieux vaut cependant se lever tôt le matin pour aller au marché.

Bien que les critères d’hygiène soient très éloignés de nos standards européens, la viande est de qualité, de même que les fruits et légumes, produits par les Mennonites. Un petit supermarché Brodie’s, situé à proximité du palais de justice, permet de compléter l’avitaillement en produits manufacturés. C’est aussi l’occasion de refaire le plein d’eau douce.

https://marinas.com/view/marina/lwcew2e_Cucumber_Beach_Marina__Belize_City_Central_America_Belize  

D’où viennent les Mennonites ?

Dans ce pays où la majorité de la population est métissée, d’origine Maya ou africaine, ils surprennent par leur aspect : grands, blonds, la peau blanche et les yeux clairs. Coiffés d’un sempiternel chapeau de cow-boy, les hommes s’habillent en jean ou en salopette de travail tandis que les femmes semblent sortir tout droit du 19ème siècle ou d’un épisode de “la petite maison dans la prairie“. Vêtues de longues robes austères, confectionnées par leurs soins, elles arborent de grands chapeaux de paille, qui protègent leur teint clair.

Issus d’une communautés chrétienne anabaptiste, fondée au 16ème siècle, les Mennonites ont été persécutés dans leur pays d’origine, la Hollande puis en Prusse et en Russie où ils s’étaient réfugiés avant de s’exiler au Canada. Lorsque après la première guerre mondiale, ce pays voulut leur imposer l’anglais comme langue officiel et le service militaire, ils s’exilèrent au Mexique où ils se heurtèrent encore à la volonté des dirigeants, qui voulaient les intégrer au système social.

Le Honduras britannique, devenu depuis le Belize sera le seul pays à satisfaire toutes leurs exigences. Dépourvu de ressource agricole et à la recherche de fermiers aguerris pouvant satisfaire la demande locale, les autorités béliziennes leur accordent tout ce qu’ils demandent :  le droit de  pratiquer leur religion et d’éduquer leurs enfants comme ils le souhaitent. Ils n’ont aucune obligation militaires vis-à-vis de ce pays et ne paient pas d’impôts. Du jamais vu ! En contrepartie, ces travailleurs émérites ont défriché de vastes clairières et travaillé la terre pour fournir au Belize l’essentiel des denrées alimentaires dont il avait besoin : lait, œufs, volailles, fruits et légumes.

Saint Georges Cay, le calme après la bataille

Saint Georges Cay Belize
Vestige d’une bataille mémorable pour le Belize

La navigation entre Cucumber marina et Saint Georges n’est pas de tout repos. La circulation est intense dans le chenal d’accès à Belize city. Les canots et les lanchas, qui font la navette entre la zone d’ancrage des paquebots de croisière et la ville, traversent le chenal à plein régime.

Lodges Saint Georges cay
Peu de monde à Saint Georges cay, y compris dans les lodges quasiment déserts.

Nous coupons ensuite au plus court mais à vitesse réduite, entre les Drowned cayes et Mapp’s cay.

La profondeur est limitée sur une distance assez longue et les hauts fonds (herbes et sables) en décalages d’environ 50 mètres par rapport à la cartographie électronique.

L’arrivée à Saint Georges cay est particulièrement stressante. Des piquets émergent dans tous les sens. Ils ont certainement une signification pour les locaux, mais nous ne sommes pas dans le secret des Dieux !

Avec ses hôtels quasiment vides et ses maisons fermées, Saint Georges est aujourd’hui très paisible. Mais ce ne fut pas toujours le cas. Après avoir été le repaire du pirate écossais Peter Wallace, elle fut le théâtre de la célèbre bataille qui opposa les espagnols et les anglais, avec à la clef la victoire de ces derniers, le 10 septembre 1798.  Cette bataille fut décisive pour l’avenir du Belize qui ne serait sans doute aujourd’hui, rien d’autre qu’un état du Guatemala si la bataille de Saint Georges avait été remportée par les Ibériques.

 

Cay Caukker, un charme désuet

Cay Caulker rues et maisons
Des ruelles de sable où circulent des voitures électriques et des maisons couleur pastel.

Lorsqu’on va pour la première fois à Cay Caulker en voilier, le chemin à suivre n’apparaît pas au premier coup d’œil. Il faut passer entre les îlots et les cayes affleurantes, avec des fonds qui remontent si rapidement, qu’ils nous donnent des sueurs froides.

Nous naviguons majoritairement dans moins de 3 mètres de fond.  Une paire d’yeux veille sur le sondeur. L’autre à l’avant du bateau, scrute directement les fonds. Nous avançons à petite vitesse, cherchant à repérer le passage au niveau de Porto Stuck, quand arrive un voilier de charter local qui, lui passe à pleine vitesse, sous voile. Vite, nous suivons son étrave, heureux qu’il nous montrent le passage !

Cay Caulker mouillage sur
A l’abri de l’île, les bateaux sont bien protégés.

L’arrivée à cay Caulker se fait dans environ 2,50 mètres d’eau, avec des piquets plantés un peu partout. Il s’agit là aussi d’un balisage local, mais dont on ignore le sens. Sous un soleil au zénith, le mouillage nous apparaît enfin, dans un magnifique dégradé de bleus.

A terre, l’île semble de prime abord peu engageante avec deux grosses antennes de communication, un énorme générateur et un quai à essence où sont amarrées deux barges de transport de marchandises. Boissons, viande, fruits et légumes, matériaux de construction… tout est acheminé par ces barges, les seules capable de naviguer  dans des fonds aussi limités. Elles sont guidées par un vieux remorqueur couleur de rouille mais néanmoins très puissant.

plage cay Caulker
La plage, face à la barrière de corail

Séparée en deux par le cyclone Hattie, l’île regroupe l’essentiel des activités touristiques et des constructions au “village“, dans la partie sud. En dehors du secteur proche du canal, la partie nord est couverte de mangrove.

hibiscus cay Caulker
L’hibiscus est présent dans tous les jardins.

Les bars, hôtels, restaurants et boutiques composent l’essentiel des bâtiments en dur. Ils avoisinent avec les jolies maisonnettes traditionnelles, couleur pastel en bois, sur pilotis.

Pas de rues à proprement parler ici mais plutôt des sentiers de sable et de terre battue où se croisent une myriade de voitures électriques, les touristes et les enfants des autochtones qui se rendent à l’école à pieds ou en vélo.

L’ambiance est détendue et il fait bon se promener de bon matin dans les ruelles proprettes,  fraîchement ratissées. Au gré des directions, on arrive quasiment toujours aux mêmes endroits, face à l’océan et à la barrière de corail.

Sans murs ni clôtures, le petit cimetière dort d’un sommeil paisible, au milieu des herbes folles. Palmiers, bougainvilliers, hibiscus, arbres du voyageurs et filaos constituent l’essentiel de la végétation sur cette partie de l’île.

Ambergris, trois petits tours et puis s’en vont…

Auréolée par son statut de “plus grande île du Belize”, Ambergris nous est apparue dans un décor de rêve. Imaginez un vaste lagon entre une barrière de corail et une île tropicale, sous le soleil de midi, toute de bleus vêtu, du plus clair au plus foncé. Nous avons cru un instant que nous étions arrivés au paradis. Avec ses 30 kilomètres de long, ses voitures électriques, ses petits villages, ses rues commerçantes, l’île allait nous permettre de marcher, de visiter, de découvrir enfin autre chose que de la mangrove.

Entre cay Caulker et Ambergris, nous avons navigué par petit temps, dans une mer calme, avec un vent n’excédant pas les 7 nœuds, dans des fonds de 2 à 3 mètres et parfois moins…

Le Belize à la voile
Entre l’île et la barrière de corail, se décline un dégradé de bleus.

L’arrivée à Ambergris est spectaculaire avec, d’un côté la barrière de corail et ses spots de plongée où s’agglutinent plus d’une dizaine de bateaux et de l’autre, une île toute en longueur, couverte de constructions. Au milieu un lagon bleu turquoise, avec une eau transparente.

Cela aurait pu être un endroit idyllique ! Mais c’était sans compter sur les lanchas, qui traversent le lagon à plein régime pour conduire les touristes sur les spots de plongée ; le trafic incessant des bateaux de charter et des scooters des mers, qui passent de tous côtés et parfois au ras du bateau. Impossible de se baigner à l’arrière du catamaran sans risque de se faire découper en tranches par les hélices.

A terre, la rue principale est saturée de véhicules électriques. Cette solution est assurément bonne au niveau de l’environnement mais elle ne s’accompagne malheureusement pas d’une véritable politique de protection de la barrière de corail et du lagon, qui subissent les assauts d’une horde de touristes. Tout ici est fait pour satisfaire les moindres desiderata d’une clientèle, principalement nord-américains. Deux compagnies aériennes officient en permanence entre Belize City et le petit aérodrome d’Ambergris, qui se trouve à l’orée de la ville.

Nous ne resterons finalement qu’une nuit dans ce qui se révèle plutôt un enfer qu’un paradis !

Turneffe, le plus grands des trois atolls du Belize

navigation Belize
Ce n’est pas au ciel mais aux coraux qu’il fallait prêter attention !

Le ciel était gris, menaçant… A coup sûr, nous allions nous faire doucher pendant tout le périple, jusqu’à l’atoll de Turneffe… Mais  non ! Nous sommes passés à côté des gouttes mais directement sur une patate de corail, qui n’était pas signalée à cet emplacement sur les carte.

Nous avons joyeusement gratté dessus le quillon bâbord et croisé les doigts pour qu’il n’y ait pas d’autres dégât qu’un peu de gelcoat égratigné. Malgré le sinistre craquement entendu, nous n’avons finalement que quelques éraflures.

Nous naviguions bon train dans 4 mètres d’eau, sur des fonds sableux et herbeux. Lorsque j’ai repéré les premières patates de corail, il était déjà trop tard. Le temps de crier, nous étions dessus. Nous avons compris un peu plus loin, en cherchant la passe de Blue Creek, que les cartes étaient largement périmées. Nous avons finalement trouvée la passe à un demi mille nautique de l’endroit indiqué sur les cartes.

Lodge Turneffe Belize
Lodge Turneffe

Au début du XXème siècle, Turneffe était habité par quelques colons, qui y faisaient commerce d’éponges et de noix de coco. Mais les ouragans les ont délogés et l’atoll n’est plus occupé désormais que par quelques pêcheurs et un lodge où se pressent les amateurs de plongée.

Allées tirées au cordeau, bordures fleuries, l’ensemble parait accueillant et nous espérions y siroter un verre, tranquillement, alors que le mouillage était agité par une houle assez désordonnée.

Personnel noir, directeur blanc mielleux et refus catégorique de servir la moindre boisson. “Le lodge n’étant ravitaillé que pour les besoins exclusifs de ses clients“.

En dix ans de navigation, nous avons effectué de nombreux mouillages, pris un verre et souvent déjeuné dans des lieux éloignés de tout commerce, difficiles à ravitailler…

Mais jamais encore nous n’avions essuyé un refus aussi catégorique. Ici, on ne sert rien, pas même un verre d’eau au navigateur de passage, qui ne séjourne pas dans l’hôtel et n’est pas inscrit sur les listes du club de plongée. A bon entendeur salut !

L’indispensable guide pour naviguer au Belize

Guide de navigation Belize
Le Cruising guide Belize and Mexico4s caribbean coast

Naviguer entre les cayes et les atolls, peut être hasardeux si on ne dispose pas d’un bon guide nautique, d’un bon GPS et de cartes papier à jour (si possible). Le guide indique parfois des passages que l’on ne trouve jamais, ceux-ci s’étant plus ou moins déplacés au gré des courants, des vents et des marées. Ce guide reste néanmoins une base indispensable pour connaître l’essentiel. Pour le reste…

Quand on ne sait pas si on peut faire confiance aux cartes ou au GPS, la solution consiste parfois à suivre tout simplement les bateaux de charter locaux, qui connaissent bien le terrain et enregistrent jour après jour ses évolutions.

Mais il n’en reste pas moins vrai, qu’on a parfois l’impression de naviguer au milieu d’un champ de mines, avec des cayes prêtes à endommager la coque, à tout moment. Mieux vaut prendre son temps et multiplier les paires d’yeux attentifs, les uns sur le sondeur, les autres sur la couleur de l’eau qui reste encore le meilleur des indicateurs, à condition de naviguer avec le soleil dans le dos.

Impossible en effet de voir les cayes avec un soleil de face ou à certaines heures de la journée, si la lumière n’est pas favorable. Et il est parfois encore plus difficile de rebrousser chemin lorsqu’on s’aperçoit qu’on est dans une impasse ! Et oui, cela existe en mer aussi.

Informations pratiques

Carte du Belize
Le Belize, un tout petit pays coincé entre le Guatemala et le Mexique

Le climat est généralement chaud et humide avec, comme dans toute la Caraïbes, deux saisons bien distinctes : la saison sèche qui va de février à avril au Belize et la saison humide et chaude, voire cyclonique de juin à décembre. Les Northerms soufflent en décembre et janvier. Ils  rafraîchissent les températures et sont particulièrement dérangeants pour les navigateurs qui s’aventurent sur les îlots proches de la barrière de corail.

Seul pays officiellement de langue anglaise en Amérique centrale, le Belize est néanmoins multiethnique et l’on y parle aussi bien l’espagnol que certains dialectes Maya.

Aucun visa n’est exigé pour les ressortissants de la communauté européenne, qui peuvent rester 30 jours au Belize. Cela ne veut pas dire pour autant que l’on y entre gratuitement. En voilier, c”est sans aucun doute, le pays le plus onéreux de tout le pourtour Caraïbes, pour le bateau comme pour les hommes. Tout est payant, y compris l’accès au ponton des annexes à Placencia. Tous les îlots intéressants se trouvent, comme par hasard, dans les parcs nationaux où les gardes veillent attentivement au paiement de la redevance.

La monnaie officielle est le dollars bélizien (1 € = environ 2,2 dollars Belize) mais le dollars américain est souvent exigé, allez savoir pourquoi !…

 

 

Secotine

Journaliste-écrivain témoin attentive des palpitations du monde.